À maux couverts

Dans le cadre de Novado 5ème édition, en ce début de semaine, la Compagnie régionale Le Cri Dévot présente dans différents établissements scolaires du département -première représentation hier matin au collège Fabre à Rodez-, un spectacle créé l’an dernier « Diptyque mémoire et résistance » suivi d’un échange avec les élèves. Deux textes fictifs mais très complémentaires pour essayer de rendre palpable une des grandes tragédies du XXème siècle: la Shoah. Tout d’abord « 146 298 » de Rachel Corenblit, le numéro matricule tatoué sur l’avant-bras d’une grand-mère que sa petite-fille adolescente interroge sur ce passé trop longtemps tu… alors qu’elle-même envisageait une version évidemment beaucoup plus anodine d’un tel acte… Plutôt que de choisir un motif ethnique ou purement décoratif, elle opte volontairement pour ce même chiffre symbole d’horreurs à la fois par respect pour son aïeule, laquelle commence un peu à perdre la tête, mais aussi et peut-être surtout par volonté déterminée de transmettre de générations en générations ces souvenirs. Sa manière à elle de dire haut et fort: je sais… je n’oublie rien… le passé ne doit pas obérer le futur qu’il faut construire en tirant les leçons de l’Histoire…  Ce sera ensuite « En ce temps-là, l’amour » de Gilles Segal pour une histoire qui évoque un père et son fils, lesquels après une rafle se retrouvent dans un wagon en partance pour Auschwitz, enfermés pour un voyage interminable sans eau ni nourriture avec d’autres déportés… Essayer de rassurer son gamin malgré le bruit infernal, les cris déchirants, les odeurs insupportables, la mort qui rôde, l’issue que tous savent fatale, trouver les mots, les gestes, les attitudes, mentir au besoin pour émerveiller d’un amour absolu et inconditionnel ces derniers instants que l’on passe ensemble… On pense bien sûr à Roberto Benigni oscarisé pour « La vie est belle » sur un thème similaire… Émouvoir sans pathos, entremêler avec subtilité devoir et mémoire, choix et engagement, liberté individuelle et solidarité collective… des notions de philosophie politique et de responsabilité personnelle transcendées en hymne de vies et en confiance réciproque, c’est un audacieux pari. Faire passer auprès des jeunes d’aujourd’hui un tel message sans accessoire, ni décor, ni costumes, juste une mise en scène extrêmement précise et rigoureuse où les acteurs évoluent et interagissent au plus près voire au milieu du public, s’impose comme une évidence. La sobriété des deux comédiens Emma et Alex pour incarner les différents personnages transcende ces deux récits bruissants d’humanité en témoignages puissants que prolongent des images en noir et blanc ou quelques notes de musique en parfaite adéquation.

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