Maudits patients

Le quotidien d’une salle d’attente d’un médecin de Montréal où se croisent les habituées venues faire renouveler leur traitement et les fraîchement débarquées pas encore averties des us et coutumes du lieu, de ses règles tacites ou plus explicites, des relations internes dans le groupe des plus anciennes et autres… C’est tous ces instantanés abondamment agrémentés d’une litanie de jurons, les « sacres » comme on dit en québécois, arrosés pur sirop d’érable « tabarnak » et autres « maudit niaiseux » par exemple qui font le miel de ce texte de Michel Tremblay. « C’t’a ton tour Laura Cadieux » est un one woman-show qui voit Cécile Magnet se démultiplier pour incarner tous ces personnages qui sont ici rassemblés, jouant de mimiques, de tics, de formules bien typées ou en modulant son phrasé. Entre surpoids mal vécu qu’on lui renvoie sans cesse au visage, déprime chronique et soucis avec son « p’tit gars » qui la fait tourner en bourrique, il y aurait de quoi se morfondre sauf à avoir comme elle un caractère bien trempé. Boudinée dans un tablier siglé siècle dernier imprimé bleu et blanc à donner des cauchemars, souliers rouges qui ont trop vécu, un gilet trop court à gros boutons qui ne fait que renforcer encore sa silhouette plus qu’enrobée, elle ne s’en laisse pas compter. D’expressions très imagées voire carrément hilarantes vues de chez nous, elle arrive à dépeindre avec force humour, autodérision et bons mots toute la galerie de ses compatriotes réunis autour d’elle… Truculente autant que surprenante, moqueuse mais bienveillante, on retiendra de ce solo entre fulgurances et éclats de voix, une atmosphère bien particulière où transparaissent à la fois la douleur d’une « grosse torche »…« grasse mais pas comme une éléphante » trop souvent rejetée mais aussi le formidable appétit de vivre qui l’anime. On sourit souvent, on rit de bon cœur, voire on s’esclaffe devant tant de franchise désarmante laquelle n’occulte cependant pas un malaise toujours sous-jacent.  Ce spectacle proposé hier soir à la Menuiserie était suivi d’un vin chaud à partager avec le public. À noter qu’un film canadien signé Denise Filiatraut portant ce même titre, adapté de ce texte a fait un triomphe dans son pays d’origine il y a 20 ans.

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