Kobéissantes

Nous sommes à Kobé grande cité portuaire de l’archipel japonais. Quatre jeunes femmes dans leur trentaine finissante, pimpantes à souhait, flamboyantes, séduisantes, épanouies et solaires, amies très proches, sont devenues presque inséparables: pique-niques, sorties en tous genres, shopping, ateliers de bien-être et même week-end entre filles… des moments de plaisir tout d’intensité, de bienveillance et de complicité joyeuse où l’on se confie volontiers… Mais cette indéfectible amitié sert aussi d’exutoire sur les situations familiales ou sentimentales plus ou moins compliquées des unes et des autres. La plus battante, de prime abord un peu bohème, est engagée dans une douloureuse procédure de divorce avec son mari scientifique de renom, la seconde est une infirmière extrêmement consciencieuse, divorcée et sans illusion sur les hommes, une autre travaille dans le milieu de l’art, mari éditeur plutôt baba cool, la dernière est mère au foyer confinée aux tâches ménagères et délaissée par son mari qui ne vit que pour son travail… « Senses » de Ryusuke Hamaguchi film en trois parties pour un total d’un peu plus de cinq heures prend son temps pour sonder derrière ce qui semble banalités du quotidien, le détail qui nous immerge dans l’intimité de chacune… Sous des apparences d’extrême sérénité se jouent les rapports extrêmement codifiés de hiérarchie professionnelle, de relations sociales aussi ancestrales que rigides en particulier entre les deux sexes… Si en surface tout semble à jamais figé, en profondeur tout n’est que non-dits, sourde amertume ou blessures trop longtemps tues… Au-delà de la façade sociétale obséquieuse toute de politesse excessive, regrets éternels et courbettes respectueuses, se dévoilent peu à peu l’authenticité d’héroïnes vibrantes de vitalité, de désir et de sensualité… trop souvent ignorées, en mal d’amour mais en voie d’émancipation!!! Stupeur et tremblements… Images magnifiques, longs plans séquences, visages au teint de porcelaine plein écran, personnages comme en apesanteur, tout se conjugue pour faire de ce long métrage, une expérience de cinéma novatrice autant esthétique que passionnante pour brosser le portrait actuel du Japon, paradoxe de modernité et de traditions mêlées. Les quatre actrices sublimes de bout en bout ont été récompensées conjointement du Prix d’interprétation féminine au Festival de Locarno. Ce film fascinant projeté dans la cadre des cinquièmes rencontres Arts et Cinéma proposé par les amis du Musée Soulages avec dégustation de thé et sushis variés a attiré un nombre incroyable de spectateurs au point qu’il a fallu trouver en urgence une salle beaucoup plus grande qu’initialement prévue!!!       Arigatô gozaimasu.

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Un commentaire pour Kobéissantes

  1. Elyne Bonnet dit :

    Bravo et merci Monsieur Dessorty!
    Analyse toujours aussi brillante….
    Elyne.

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