Augustin, Julien, Paul et les autres

Un moment absolument magnifique que le rendez-vous proposé hier en fin d’après-midi à l’auditorium du Conservatoire de musique de Rodez. Au programme « 1918, l’homme qui titubait dans la guerre » un oratorio d’Isabelle Aboulker, à l’origine une commande d’état pour la commémoration du 80ème anniversaire de l’armistice et remis à l’honneur cette année au point d’obtenir le label de la mission du Centenaire de la Première Guerre Mondiale. En fil rouge, le quotidien d’un soldat sur le front, les copains qui meurent ou sont défigurés, l’éloignement des siens… autant de blessures à vif, de souvenirs douloureux, de cicatrices indélébiles… ne jamais oublier l’horreur pour témoigner… « l’expérience d’un homme ordinaire au moment de sa mort » illustrée par des extraits particulièrement émouvants de textes et poèmes d’écrivains qui ont eux-mêmes participé à ces combats. Calligrammes de Guillaume Apollinaire, vieilles cartes postales, lettres des familles éclatées, appels à la mobilisation, articles de journaux de ces années-là entre censure nationaliste et propagande délirante… autant d’éléments projetés en fond d’écran pour envelopper d’une atmosphère fiévreuse mais aussi quasi-irréaliste et distanciée, ce concert où se croisent réflexions à haute voix d’un poilu désenchanté, voix féminines hantées par l’absence, ou chœur d’enfants, lequel en plusieurs langues chante les discours de tous horizons entendus à cette époque… improbables autant que décalés, mortifères comme crépusculaires… Les jeunes élèves des classes Voix en scène de Rodez et Séverac tous vêtus de noir et blanc très cinématographique, donnent à ce spectacle théâtralisé le supplément d’âme indispensable, entre légèreté, fraîcheur et insouciance pour transcender l’horreur omniprésente –« les tranchées font de nous des ouvriers de la mort » »– en notes d’espoir… Pour le final à l’appel des disparus, quand ils s’éparpillent un à un dans la salle, leur présence immobile toute de respect et dignité devient hommage ultime particulièrement touchant… Parmi ces millions de victimes, on se souviendra plus particulièrement d’Augustin Trébuchon, dernier soldat tué au combat et de ses camarades du 415ème régiment d’infanterie, morts pour rien lors de l’offensive de trop pour franchir la Meuse, le jour même de l’armistice, lesquels ne sont plus alors d’anonymes fantômes… « La paix: c’est l’action! » répète un des personnages… il n’y a pas de plus belle conclusion.                                                                                                                            Ce spectacle remarquable avec Sophie-Caroline Schatz à la direction musicale et David Ermoin au piano est à voir ou à revoir vendredi prochain 18 heures 30 à Millau en l’église du Sacré-Cœur. À ne manquer sous aucun prétexte.

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