Armorique et périls

Si les différents rapports contradictoires et contestés quant au naufrage du Bugaled Breizh qui a coulé subitement en quelques secondes le 15 janvier 2004 provoquant la mort de son équipage de 5 personnes y sont bien évoqués, ce n’est pas le sujet majeur de la pièce « Breizh à marée basse » que d’en relever les différentes hypothèses. Il s’agit de se concentrer exclusivement sur le désarroi toujours présent, le traumatisme encore à vif ou les souvenirs douloureux qui hantent la population et les proches de ce petit port de Loctudy, de dépeindre par petits touches au travers des non-dits de certains, des secrets plus ou moins avouables des uns, des rancœurs des autres, une atmosphère tout sauf apaisée. La scène est divisée en deux : d’un côté l’intérieur d’une famille de pêcheurs, lui sur son bateau, elle à la vente sur le quai, et leur fille étudiante à Rennes pas trop stressée par ses études et qui se fait un peu d’argent comme serveuse voire davantage; de l’autre, ce bar où tout un chacun vient se confier, où tout se sait, indispensable lieu de vie du village, tenue par une patronne à la langue bien pendue… voilà pour les personnages principaux auxquels il faut ajouter un marin hirsute et perclus de tics, lequel s’efforce de ne pas retomber dans son addiction à l’alcool… et surtout la même commissaire parisienne de retour pour élucider une nouvelle disparition en mer, laquelle carbure dès le petit matin au whisky et sert autant de catalyseur que de repoussoir… Pas d’erreur possible on est bien au cœur de la Bretagne bretonnante -cirés, bottes, bonnets, pulls siglés Montebourg…- pour les locaux, en contraste avec le costume noir corbeau de l’inspectrice qui tient plus de Javert que de Miss Marple… À elle de dénouer les relations et autres ressentiments complexes ou ambigüs tissés dans ce microcosme… Pour sa première pièce qu’il a aussi mise en scène, Benoit Poylecot, lui-même du cru, ne manque pas d’ambitions, car il s’est saisi de cette tragédie que nul n’a oubliée pour en tirer une intrigue toute en creux où les légendes des raies mantas « chargées de l’âme des disparus » côtoient le mythe de l’Ankou, où les vivants doivent composer avec des morts encombrants « pour que l’eau salée n’ait jamais le goût des larmes »…  Les comédiens de la Compagnie Strip-Tease, tous au diapason, rendent palpables le trouble et le malaise diffus qui enveloppent cette histoire… Un rythme plus soutenu, surtout au début, et d’autres détails, comme la bande son envahissante du bruit des vagues ou carrément supprimer ce projecteur qui aveugle le public façon KGB, ne pourraient que la bonifier davantage.                                                                                                                                 Une nouvelle représentation est prévue ce soir dans le petit théâtre cosy du Chariot à 20 heures 30.

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