Pax sovietica

« Mariupolis » est un documentaire sélectionné à la Berlinale 2016 et distribué peu après, produit par Rouge International la société créée notamment par Julie Gayet. Il était projeté jeudi en fin d’après-midi tant bien que mal à la médiathèque de Rodez… Nous sommes en Ukraine, aux confins de la Russie, dans cette ville qui changea si souvent de nom au gré de son histoire marquée au fil du temps par d’innombrables conflits de souveraineté. Depuis la Révolution dite de Maïdan en avril 2014, la paix n’a jamais pu s’installer durablement, et, d’affrontements violents en guerre larvée, la tension entre indépendantistes et séparatistes pro-russes hostiles au gouvernement de Kiev n’a jamais vraiment cessé. Tout le pari de ce film inédit est de montrer la situation de cette région qui essaie de vivre au jour le jour, vaille que vaille dans cet environnement très incertain. C’est ainsi que l’on suit la vie toute simple de gens du cru à la pèche, dans les transports en commun, répétant un spectacle ici, s’enthousiasmant devant une violoniste là, où usines ou mines se doivent de continuer à fonctionner malgré tout… mais dans une atmosphère très particulière… un peu figée et hors du temps puisque, hors champ le plus souvent, on entend le fracas des armes et les obus qui tombent… ce dont témoignent d’ailleurs des images du journal télévisé dont on aperçoit quelques instantanés… Vivre dans ce contexte, c’est d’abord survivre individuellement et collectivement au quotidien bien sur, mais ne jamais oublier les menaces extérieures… Des moments de recueillement à l’église orthodoxe ou nourrir les animaux du zoo en déshérence, une cérémonie de mariage comme la fête toute à la gloire de l’Armée rouge victorieuse, autant d’événements plus ou moins d’ampleur que contrebalance en parallèle la présence récurrente de militaires en patrouilles. Filmer une ville assiégée autant que rongée de l’intérieur pour donner à voir la force de caractère de ses habitants autant que la mort qui rôde, voilà le pari auquel le réalisateur nous confronte en permanence. Fragilité de la situation et volonté de résistance entre déni et stoïcisme, d’une ville et de ses habitants, objets de conflit géopolitique qui les dépasse, voilà la raison d’être de ce long métrage aussi épuré que mélancolique lequel nous immerge dans ce conflit toujours latent…                                                                                                                                        Et que l’on aurait tendance à oublier… comme la Syrie, le Yémen et tant d’autres…

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