Inch Allah

À l’origine c’est un premier roman de Saphia Azzedine, jeune auteure franco-marocaine publié en 2008, rapidement devenu un succès, il sera ensuite adapté pour le théâtre, maintenant c’est aussi un album de B.D. publié chez Futuropolis. « Confidences à Allah » suit le parcours chaotique d’une bergère adolescente, Jbara, 16 ans, laquelle vit dans un bled paumé, coupé du monde… une famille très pauvre: sept frères et sœurs, mère aimante, courageuse et dévouée sous la coupe d’un père tyrannique qu’elle déteste… Dans de longues tirades teintées d’humour et d’ironie, pour essayer de s’évader de son milieu si glauque, de rêver à une autre destinée, elle a pris l’habitude de dialoguer avec Allah son dieu « très beau et très miséricordieux et aussi glorieux » qu’elle interpelle et prend volontiers à témoin plus qu’elle ne le prie vraiment… Abusée en échange de quelques friandises, elle tombera enceinte, sera chassée de chez elle et rejoindra la ville voisine où, embauchée dans une maison bourgeoise, le fils de famille s’entichera d’elle… Pour s’extraire durablement de la misère, rapidement elle se prostituera puis, in fine, séduira un cheikh, lequel la couvrira de cadeaux, faisant d’elle sa Shéhérazade avec qui il s’affiche dans la haute société… Par choix autant que par mépris de ces hommes, elle gravira dans ce milieu tous les échelons devenant une pute de luxe, fière de l’être, laquelle intrigue et fascine tout son entourage autant par sa beauté que par sa prestance… Fatalement, sa liberté de ton et son franc-parler lui seront préjudiciables… Le scénario empreint de malice, de satire et de dérision d’Eddy Simon, les couleurs magnifiques de Marie Avril, la mise en page, le découpage astucieux des séquences mises en valeur à intervalles irréguliers par des planches en noir et blanc, lesquelles tranchent par leur dépouillement mais aussi par leur force symbolique, tout se conjugue pour faire de ce livre un moment de grâce tant le personnage est séduisant d’audace et de détermination… Entre colère et volonté inébranlables, l’héroïne qui rêve d’émancipation et refuse de se soumettre, s’affranchit peu à peu de sa condition jusqu’à dévorer la vie à pleines dents. Un portrait subtil autant que nuancé d’une femme qui se dévoile, dans tous les sens du terme…                                                                                                                           Remarquable.

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