Somme de douleurs


Enquête sur les lieux où son grand-père paternel a disparu lors de la sanglante bataille de la Somme de juillet 1916, mais aussi quête de l’identité réelle de celui qu’elle n’a pas connu mais dont elle retrouvera la plaque militaire en vidant la maison familiale lors d’un déménagement, ultime objet si symbolique… « Graine de poilu » film de Magali Magne projeté hier à la Médiathèque de Rodez dans la petite salle annexe ouvrait la nouvelle saison, un moyen métrage en lien avec la prochain centenaire de la Grande Guerre, auquel la galerie de portraits accrochés sur les murs extérieurs du Collège Fabre fait aussi référence… On suit ainsi le cheminement de Béatrice Turquand d’Auzay, artiste dont les créations sont hantées par les visages de ces soldats fatigués ou de ces gueules cassées hébétées… et d’autant plus que son autre aïeul était lui allemand et donc aussi sur le front dans les tranchées adverses! Des images des paysages actuels paisibles et probablement remodelés par les bombardements de l’époque qu’elle arpente méticuleusement pour retrouver l’endroit précis pour personnaliser le deuil et où déposer des fleurs, et en parallèle, la force, la puissance voire la rage du peintre qui dessine et recouvre de couleurs délavées des panneaux de bois qu’ensuite elle gratte, creuse, polit et retouche sans cesse, sculpte presque pour que surgissent le tragique et l’indicible de ce conflit d’une ampleur et d’une violence inconnues jusqu’alors. « Remonter dans le temps… imaginer une vie… » telle est sa volonté autant pour faire revivre la mémoire du disparu que pour se donner la force d’avancer. Dépasser le seul souvenir d’un nom gravé sur une stèle, parmi tant d’autres, inhumé dans un de ces immenses cimetières impersonnels aux croix blanches impeccablement alignées… pour recoller les morceaux épars et manquants du puzzle d’une destinée humaine trop brève et tragique… se saisir de son histoire familiale, à la fois terriblement banale et pourtant si intime, pour rebondir soi-même, identifier les fantômes pour pouvoir s’en affranchir, voilà la trame de ce documentaire émotionnellement très intense,« des images sur l’irreprésentable »…  que la Chanson de Craonne en fond sonore rythme à merveille.


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