Sûr, elle casse Tania

Gonflée, hard, délurée, trash, décomplexée, capable sur un ton badin et toujours égal de parler de sujets qui dérangent, pas le genre de ceux dont on disserterait élégamment dans une soirée mondaine ou même entre copains… car elle a la langue bien pendue, et ne s’interdit rien… Plus même, elle appuie là où la bienséance préférerait le silence ou détournerait pudiquement les yeux, oser aborder en totale décontraction combien on peut être mal à l’aise dans sa peau si sa silhouette s’éloigne par trop des diktats de mode complaisamment étalés dans les magazines féminins… la boulimie, les kilos en trop source de remarques douteuses, les rendez-vous incontournables avec l’esthéticienne, et beaucoup plus grave encore le harcèlement de rues ou le sexisme ambiant… C’est dire que Tania Dutel ne s’embarrasse pas « de transitions » ni de figures de style ou autres formules aussi aseptisées que vides de sens pour s’attaquer franco aux non-dits sur la difficulté d’être une jeune femme célibattante aussi épanouie que volontaire. Elle ouvre devant nous le livre de sa vie personnelle en toute impudeur, sa famille, son parcours, les petits boulots d’animation et autres castings sans intérêt -passage obligé?- pour arriver enfin à vivre ses rêves. Des textes aussi pétillants que percutants prononcés d’une voix faussement suave et veloutée pour parler cash et se livrer à un jeu de massacre en règles, c’est vraiment le cas de le dire, sur le discours ambiant, tant d’idées reçues, sur la place des unes et des autres, la nécessité pour les femmes d’en faire toujours plus pour justifier leurs exigences légitimes d’égalité… Iconoclaste à souhait quand elle démonte par exemple systématiquement « les 10 commandements du parfait gentleman », maniant l’auto-dérision avec beaucoup d’à-propos, les rires fusent très souvent dans la salle mais souvent limite flottement et malaise, tant elle dézingue à tout va. Libérer sa parole, c’est l’art de parler juste et cru sans être vulgaire, ce dont nombre de ses collègues humoristes pourraient utilement s’inspirer! Après une première partie sympathique de Laura Calu, c’est donc du stand-up de haut vol, délicieusement féministe dans la lignée d’une Blanche Gardin qui ouvrait cette nouvelle édition de Rire Onet à la Baleine. Et en guise de clin d’œil, pas bête de débuter sa tournée dans notre région où comme le chante Claude Nougaro « ici, même les mémés aiment la castagne ».      Une excellente soirée.

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