Poing culminant

Une histoire incroyable qui n’émergea que des décennies plus tard lorsqu’enfin il put en parler à son fils, lequel mit tous ses souvenirs extrêmement douloureux en ordre et les publia en 2006… plus de 60 ans pour comprendre « tout ce qu’il avait dû endurer pendant son existence ». Il mourut le 3 novembre 2007 en Floride où il s’était exilé quelques mois à peine après la parution de la version américaine de sa biographie… sans connaître la version graphique qu’en tira ensuite Reinhard Kleinst et qu’il publia sous forme de feuilleton dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung. Cette bande dessinée « Le boxeur » est maintenant disponible dans la collection Écritures chez Casteman, telle est la vie de Hertzko Haft, juif polonais déporté à 16 ans à Auschwitz et qui ne survécut que grâce à la force de ses poings. En effet, et on l’ignore souvent, pour se distraire, les nazis avaient coutume d’organiser dans les camps de concentration des combats de boxe entre les prisonniers, lesquels se prolongeaient « jusqu’à ce qu’un des deux ne puisse plus boxer », un combat de gladiateurs revu et corrigé avec malheur au vaincu… C’est ainsi que celui qui était tatoué du matricule 144 738 et surnommé « la bête juive de Jaworzno » sortit victorieux de 75 combats par k.o. à un rythme qui devint vite hebdomadaire… Puis l’Armée rouge approchant, il fut soumis comme ses camarades de détention dont son frère Peretz aux marches de la mort de l’hiver 1945 dont il parvint à s’évader miraculeusement… La guerre terminée, il resta d’abord en Bavière où il remporta en 1946 devant 10 000 spectateurs un tournoi réservé aux « displaced persons », ces survivants regroupés dans les quatre zones d’occupations alliées… Il émigra ensuite aux Etats-Unis où il démarra une carrière professionnelle, laquelle s’achèvera par une défaite face à Rocky Marciano, une étoile montante des poids lourds protégée par la Mafia à l’issue d’un combat qu’il a toujours affirmé avoir été truqué tant il y avait d’argent sale et d’intérêts en jeu… Tant le récit nerveux et haletant que les dessins toujours d’un noir lugubre et angoissant, aux traits stylisés au maximum, offrent à ce héros méconnu la reconnaissance et le respect qu’il mérite. Pour parfaire le tout, il se prolonge d’une dizaine de pages qui retrace brièvement le parcours d’autres boxeurs oubliés qui eurent des destins comparables…                                                                                                                            Un livre remarquable sur une page d’Histoire trop longtemps passée sous silence.

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