(Ma)CHINE infernale

Les camps de concentration et d’extermination… Auschwitz… les charniers découverts au Rwanda, au Cambodge ou en Ex-Yougoslavie et ailleurs… les goulags dont Alexandre Soljenitsyne fit il y a plusieurs décennies des descriptions effroyables…  mais aussi les laogai, ces camps de rééducation par le travail qui ont essaimé en Chine sous Mao dès les débuts de la République Populaire. Au départ on y enfermait « les ennemis du Parti Communiste » ou « les agents du Kuomintang » puis aux plus beaux jours de la « Révolution culturelle » ces mêmes lieux d’internement servirent pour tous les opposants politiques. « Grand bond en avant »« 100 fleurs » autant d’épisodes pour multiplier les purges et arrestations en particulier dans les milieux intellectuels critiques et autres dissidents selon le régime. Parmi eux « les droitiers » supposés dangereux comploteurs, lesquels de 1957 à 1961 furent déportés massivement dans ces sinistres endroits… et parmi ceux-ci le complexe de Jiabiangou, et son annexe de Mingshui, province du Ganzu aux portes d’un désert, où les prisonniers devaient trimer dans une ferme agricole… sauf que conditions climatiques et nature du sol inadaptées… rien ou presque ne poussait… Or les autorités avaient décidé que le camp était autosuffisant au plan alimentaire d’où une famine endémique, des morts de faim innombrables, et même des cas de cannibalisme… pour essayer de survivre à ces conditions épouvantables. Pour son dernier film en date « Les âmes mortes » présenté hors compétition à Cannes cette année Wang Bing a retrouvé plusieurs de ces trop rares survivants et a recueilli leurs témoignages… plus de 600 heures de rushs filmés entre 2005 et 2012 concentrées en un documentaire implacable de deux volets d’un peu plus de quatre heures chacun où l’horreur côtoie l’indicible, l’abjection sans limite semblant la règle… et ces vieillards incroyables de dignité face caméra dans de longs plans fixes racontant encore et encore… Un film monumental dans la veine de « Shoah » de Claude Lanzmann présenté hier à la 21 ème édition des Rencontres à la campagne de Rieupeyroux.                                                                                                                                          Des blessures à vif transcendées en mémoires pour l’Histoire. Inoubliable.

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