Montrer patte blanche

Une mystification d’une grande ampleur incroyable mais vraie, ou comment a été piégé le Ku Klux Klan, grand sorcier y compris, et mis en échec ses adeptes fanatiques… Nous sommes au début des années 70 lorsque la brigade de Colorado Springs intègre pour la première fois dans ses rangs un jeune policier noir du nom de Ron Stallworth. Via une petite annonce repérée dans un journal, lui et un de ses collègues juif, vont réussir à infiltrer la branche locale de cette organisation extrémiste qui ne prône qu’une Amérique blanche, multiplie les exactions et appelle ouvertement aux meurtres des minorités… D’autant qu’à cette époque le Mouvement des Droits Civiques dans le sillage de Martin Luther King engrange de plus en plus de succès sur le plan juridique, politique et social. Une mission qui s’avère extrêmement compliquée d’autant plus que certains des agents les moins gradés de l’équipe sont loin de les soutenir. Un double défi donc: interne pour se faire admettre comme un flic à part entière et surtout réussir ce pari insensé… jusqu’à devenir le temps d’un meeting le garde du corps attitré du chef suprême… « BlacKkKlansman: j’ai infiltré le Ku Klux Klan » présenté mercredi au Festival du Film d’Espalion est l’adaptation par Spike Lee de cette aventure extraordinaire publiée par le héros plusieurs décennies après les faits. Ce récit hors norme toujours sur le fil du rasoir, le réalisateur l’a métamorphosé en folie douce jubilatoire où le courage des deux comparses fait écho aux délires de haine déversée par ces suprémacistes blancs qui ont la gâchette facile et s’en vantent ouvertement… Le montage en parallèle entre les images du film de D.W. Griffith « Naisssance d’une nation » ode à la ségrégation et le récit poignant d’un vieux monsieur témoin oculaire du lynchage d’un de ses camarades fait froid dans le dos… Si l’on se prend à savourer avec délectation combien ces dangereux comploteurs en prennent pour leur grade, le rire devient bien vite beaucoup plus crispé quand, en prolongement de cette histoire, le cinéaste a rajouté des images d’actualité tournées l’an dernier à Charlottesville en Virginie. On y voit une voiture conduite par un de ces extrémistes fous furieux de l’ultra-droite foncer délibérément dans la foule des militants antiracistes causant la mort d’une jeune femme Heather Heyer dont le visage lumineux contraste singulièrement avec le discours honteux de Donald Trump.                      Ce film engagé récompensé du Grand Prix au dernier Festival de Cannes fait beaucoup de bien. On en ressort plus conscient que jamais des dangers de ce que Bertold Brecht nommait « cette bête immonde ».

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