Têtes de turcs

Il revient au village au fin fond de l’Anatolie après avoir fini ses études, retrouve sa famille et ses amis. Il a écrit un livre qu’il veut absolument faire publier, du genre auto-contemplatif et réflexions personnelles regroupées derrière le nom sibyllin « Le poirier sauvage », qui donne aussi son titre au film, en référence à cet arbre perdu au milieu d’un champ qu’il aperçoit au loin depuis la bâtisse sans âge où son père se réfugie souvent. Sauf que son recueil qui n’est ni un guide touristique sur la région, ni un ouvrage à la gloire d’un potentat local n’intéresse personne… Qu’à cela ne tienne, parallèlement à son obstination toujours intacte, il renoue peu à peu avec ses proches et découvre que le temps a passé et combien il s’est éloigné d’eux… Son père enseignant proche de la retraite et sans illusion trompe son mal de vivre en jouant aux courses et multiplie les dettes, sa mère tantôt combative, tantôt résignée, son premier amour qui a abdiqué toute espoir de changement dans sa vie de femme, un copain engagé dans les troupes anti-émeutes qui lui raconte comment les rares manifestants qui s’opposent au régime sont matraqués à tout va, un vieil écrivain désabusé, deux jeunes imams ni convaincus ni convaincants… Seule alternative à sa vocation contrariée, passer maintenant le concours pour devenir prof pour, de facto, être envoyé dans les régions les plus reculées du pays… et se débarrasser au plus vite du service militaire auquel il ne peut plus se soustraire… Voilà comment on pourrait résumer le film de Nuri Bilge Ceylan en sélection officielle à Cannes en mai dernier et qui faisait l’ouverture du Festival du film d’Espalion dont c’est la 4 ème édition. Ce panorama par petites touches successives de la Turquie d’aujourd’hui qui s’étale sur un peu plus de trois heures se teinte inexorablement de nostalgie douce-amère, de déceptions trop longtemps cachées et in fine d’un voile toujours plus oppressant de désespérances sourdes… Un constat tout d’inquiétudes et de questionnements, dissimulé derrière des images toujours très soignées…                              Un futur aussi problématique que très incertain autant pour ses personnages que pour son pays…. On pourra revoir ce film douloureux la semaine prochaine à Rieupeyroux dans le cadre des Rencontres à la Campagne.

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