Épris de cour

Parlons franchement. Seuls quelques passionnés du Moyen-Age ou spécialistes ès troubadours connaissent l’existence d’Arnaut de Carcassés à qui est attribué « Las novas del papagay », un texte représentatif du style littéraire en vogue en Occitanie aux XII et XIII ème siècles quand triomphe le Fin ‘Amor… quand les délices de l’adultère se déclinent plaisir et poésie! Cette histoire donc, exhumée par Jean-Charles Huchet parmi nombre de manuscrits d’époque, est parue chez Flammarion en 1992. Hier après-midi en plein air, sur la scène du jardin public, dans le cadre de l’Estivada, ce récit était « conté, chanté, mis en musique et dansé »  devant un parterre de spectateurs à la curiosité aiguisée. Des pages émaillées de jolies formules médiévales, lesquelles bruissent toutes de douceur ouatée et de saveurs méconnues, un peu comme on se délecte d’entendre de nos jours du québécois enrobé de sirop d’érable, des mots tout de charme suranné pour installer in situ une atmosphère de château-fort et de tour de garde, de chevalier galopant sur son destrier, de seigneur tout puissant plus prompt à guerroyer ou chasser que dévoué corps et âme à sa belle trop souvent délaissée… Débarque donc un perroquet hâbleur et séduisant, en mission pour son bon maître, lequel en pince vraiment pour ladite gente Dame, à charge pour le volatile de faire passer le message… D’où dialogue feutré et tout en non-dits et sous-entendus entre l’oiseau volubile et l’épouse d’abord réticente puis bien vite heureuse de succomber… une histoire déclinée dans les deux langues, oïl et oc… Des instruments rares comme par exemple une vièle à archet, une harpe ou des percussions de ce temps-là, le côté musique permet d’apprécier des sonorités oubliées… Autant la voix cristalline d’une interprète résonne de pureté et d’authenticité, autant on s’étonnera de voir évoluer un danseur en djellaba et chignon de Bouddha pour esquisser quelques pas… aussi incongru qu’anachronique… Un spectacle vraiment hors du temps, surprenant d’audace quant à son sujet -hymne à l’amour libre bien avant l’heure- que décalé quant à sa forme … mais qui justifie à lui seul la vocation première de ce Festival: découvrir tant de facettes de l’Occitanie d’hier comme d’aujourd’hui.

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