Vogue la galère

Une histoire tragique qui donne un visage et un nom aux milliers d’anonymes qui font de plus en plus nombreux chaque année ce même chemin: celui de partir de leur terre natale pour l’Eldorado fantasmé que représente pour eux l’Europe. Un périple qui ne se compte pas seulement en kilomètres à parcourir mais surtout en temps, -des mois voire des années-, en nombre de frontières à traverser, de passeurs sans scrupule prêts à les dépouiller, de barrages à franchir et de militaires à soudoyer auxquels il faut sans cesse graisser la patte moyennant « des calmants » sonnants et trébuchants, le bakchich omniprésent et les magouilles en tous genres … Un récit noir, très noir d’un interminable voyage rythmé par la peur et la soif, les camps où transitent ces malheureux, les canots surchargés, la lutte au quotidien pour survivre coûte que coûte et continuer… toujours… « Alpha » de Bessora pour les textes extrêmement poignants, et Barroux pour les dessins aussi stylisés qu’austères, avec une forte dominante de teintes sombres délavées où percent ça et là quelques rares notes de couleurs, tout se conjugue pour faire de ce road-trip de la misère paru chez Gallimard et décliné à la première personne, un témoignage vibrant qui ne peut laisser indifférent. Sous couvert d’aide au développement, l’Europe paye les pays du Maghreb pour renforcer et surveiller leurs frontières et essayer ainsi de fixer au-delà de la Méditerranée ces migrants devenus malgré eux une variable de géopolitique… Une odyssée de 18 mois et de plus de 6000 km que l’on suit étape par étape, et récapitulée sur une carte en dernière page, pour bien visualiser l’extrême difficulté de ce projet chimérique: rejoindre depuis Abidjan la Gare du Nord à Paris où cet ivoirien ainsi dénommé en référence au chanteur Alpha Blondy alors qu’il n’est qu’un simple ébéniste, est supposé retrouver femme et enfant partis quelques mois plus tôt, sans visa bien entendu, rejoindre de la famille qui y a ouvert un salon de coiffure…  Une histoire qui résonne avec l’actualité brûlante et tient en haleine de bout en bout … pour éclairer d’humanité l’équation complexe des exodes migratoires, via un destin singulier entre détresse et volonté inébranlable.

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Un commentaire pour Vogue la galère

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