Show effroi

Une gageure folle, un pari insensé que d’adapter pour le théâtre n’importe quel roman d’Amélie Nothomb mais plus improbable encore avec celui qui débute ainsi: « Vint le moment où la souffrance des autres ne leur suffit plus; il leur en fallut le spectacle ». « Acide sulfurique » ce titre lui-même résonne d’odeurs fétides et nauséabondes, de potentiel destructeur, de dangerosité évidente… du malaise glauque, du mortifère à grande échelle, quelque part entre le gaz sarin et le Zyklon b de sinistre mémoire utilisé massivement dans les camps nazis… Et d’ailleurs nous y sommes ou presque… « Concentration » est une émission de télé-réalité, au succès d’audience toujours croissant, comme un copié-collé d’antan avec des prisonniers raflés au hasard, soumis aux travaux forcés et à un régime de famine, des kapos qui distillent mauvais traitements et cruauté, et en haut de la pyramide deus ex machina une production sans scrupule pour qui seul l’audimat est à prendre en considération… Et le pire c’est que ce programme bat chaque jour des records… Des silhouettes déshumanisées, avec pour seul patronyme un matricule tatoué sur le bras, uniformes gris souris version clin d’œil à Maus d’Art Spiegelman, et gardes-chiourmes tout de noirs vêtus, bérets de miliciens vissés sur le crâne… ignominie et abjection portées à son paroxysme… filmés en permanence par des caméras… Les organisateurs supervisent et organisent l’horreur pour renforcer sans cesse l’attractivité jusqu’à, idée obscène, impliquer les spectateurs eux-mêmes, par un système de vote pour sélectionner les malheureux condamnés…un stratagème pour les transformer de complices au moins indifférents en bourreaux à part entière… degré de plus dans l’ignoble et l’odieux… Dans cet enfer de sadisme absolu se mêlent aussi désir et domination, révolte et soumission, lâcheté et chantage, estime de soi et cynisme, amours interdites et mépris… c’est dire si les sujets évoqués appuient là où ça fait mal. On pense à « Portier de nuit » le film de Liliana Cavani, mais aussi bien sur à « Shoah » de Claude Lanzmann, chef d’oeuvre de l’indicible, au destin personnel de Simone Veil récemment entrée au Panthéon, à « Si c’est un homme » de Primo Levi etc… etc … Qu’un groupe de jeunes adolescents aient osé, et obtenu, l’accord de l’auteure pour écrire eux-mêmes,  ces dialogues percutants, imaginé une mise en scène aussi sobre que particulièrement subtile, suppose un travail phénoménal et une maîtrise rare. Accompagnée par la Fabrique d’Initiatives Collectives de la M.J.C d’Onet, la troupe toute de solidarité, entre fraîcheur et spontanéité, réussit l’improbable, sublimer une tragédie de l’humanité à la perversité diffuse en message d’espoir. Cette pièce encore à l’affiche ce soir à 20 h 30 et demain à 18 heures dans la petite salle de la Criée, est à voir absolument.                                                        Il faut s’y précipiter de toute urgence!

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