Forza

Artemisia Gentileschi, une artiste méconnue dont longtemps nombre de ses toiles ont été attribuées à Orazio, son père, peintre maniériste, disciple du Caravage et très en cour en cette fin de XVIème siècle. De ses trois enfants auxquels il aimerait tant transmettre son amour inconditionnel pour la peinture, seule sa fille aînée Artemisia manifeste appétence et disposition pour tout ce qui touche à cet univers au point de peindre elle-même, le soir à la lueur des bougies ses propres toiles. Sauf que dans l’Italie de cette époque, les femmes n’ont aucun droit mais beaucoup de devoirs: « l’obligation d’être pieuse, soumise, vierge, modeste, féconde » tout le contraire de sa personnalité, et qu’elles sont en outre interdites d’acheter un quelconque matériel pictural: pinceaux, pigments, couleurs etc… Se battre pour s’imposer dans ce monde marqué par le patriarcat et la misogynie, et être adoubée par ses pairs, et au delà, sera dès lors son obsession permanente jusqu’à devenir grâce à l’appui d’un neveu de Michel-Ange la première femme admise à l’Accademia delle Arti del Disagno de Florence en 1616, privilège jusqu’alors inimaginable, lequel lui permettra d’avoir enfin reconnaissance et statut social, la mettant sur le même pied d’égalité que ses collègues hommes… et in fine la possibilité de vivre de son art… sans être redevable à qui que ce soit, géniteur ou époux… Féministe avant l’heure, cela sonnait comme une immense victoire personnelle pour une femme d’un grand courage qui dut subir longtemps avanies en silence, moqueries en tous genres, mépris des uns et violences extrêmes des autres… Cette biographie fort documentée est la trame d’une bande dessinée parue chez Delcourt/Mirages avec Nathalie Ferlut au scénario et Tamia Baudouin pour le graphisme épuré et des vignettes aux teintes assez douces. Costumes soignés, description minutieuse de l’atmosphère historique où gravitent tant de personnages illustres, on plonge avec délice dans ces intrigues fiévreuses d’où ressort le caractère très déterminé d’une héroïne hors norme dont les tableaux les plus connus, visibles maintenant dans les plus grands musées du monde entier, bruissent de vitalité et d’engagement. Le portrait réussi d’une pionnière.                                                    À noter que depuis 2008 un Prix Artemisia récompense chaque année un livre avec pour objectif de mettre en avant la production de B.D. réalisée par des auteurs féminins.

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