Terre promise, terre due

Symbolique que ce dernier rendez-vous de cette année de l’écran-doc à la médiathèque de Rodez soit consacré à la Palestine, en cette année du 70 ème anniversaire de la Nakba et de l’exode massif de populations, la destruction de nombreux villages arabes abandonnés… Leurs descendants, environ 5 millions de personnes forment le noyau de la diaspora des réfugiés Palestiniens éparpillés, essentiellement autour de la Méditerranée… Avec toujours aucune issue positive en vue à ce conflit… Le poète Mahmoud Darwich fut l’un de ces expulsés. Il avait 6 ans lorsqu’il fut banni de sa terre natale de Galilée. Il y reviendra plus tard comme « arabe israélien réfugié dans sa propre patrie » et cette blessure intime toujours non cicatrisée ne cessera de le hanter pendant toute sa vie… Cette figure adulée dans le monde arabe aurait pu être le Ministre de la Culture, ce que lui avait proposé Yasser Arafat: « Il a besoin de son peuple et l’O.L.P. de son talent », mais la douleur toujours vive lui fit refuser ce poste honorifique, lui la voix des Palestiniens de l’intérieur n’a jamais pu se résoudre à cet exil sans retour… ce qu’il résumera par ces quelques mots « Ma patrie n’est pas une valise et je ne suis pas un voyageur ». Emprisonné très jeune pour « crime de poésie trop nationaliste », il choisira définitivement de quitter son pays en 1971, d’abord pour d’autres pays arabes, Liban ou Tunisie par exemple, plus tard pour Paris où il retrouve la quiétude de l’anonymat… Figure de proue de l’intelligentsia palestinienne, il s’éteindra à Houston aux États-Unis en 2008. Le film de Simone Bitton et Élias Sambar projeté hier en fin d’après-midi « Mahmoud Darwish: et la terre comme la langue » fait partie de la collection « Un siècle d’écrivains », une série de F.R.3 diffusée jusqu’au début des années 2000. C’est dire que si ces entretiens tout de lucidité, d’humilité et de pudeur datent un peu, ils n’en résonnent pas moins d’une brûlante actualité. Les longs travellings sur les paysages se doublent de la musicalité de sa voix chaleureuse, les retrouvailles furtives avec des membres de sa famille font écho aux images d’archives pour réaffirmer sans ambiguïté sa volonté d’incarner à tout jamais « une mémoire pour l’oubli ». Poignant autant que prophétique.

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