Puzzle

Ils ou elles l’ont tous connu ou du moins s’en sont-ils persuadés. Tous ont croisé son chemin à un moment particulier, pour sûr l’ont rencontré, échangé une conversation, bu un verre avec lui, côtoyé au quotidien voire même pour certaines partagé un temps sa vie… pour autant sa personnalité reste une énigme, un mystère, un secret… effleuré souvent, entrevu parfois, démasqué jamais… du genre insaisissable, aussi instable que contradictoire… complexe parce que pluriel, surprenant ou déterminé, passionné ou désinvolte, c’est selon… ou tout simplement humain… intensément humain… C’est dire que « Le fils » la pièce de Christian Rullier est d’une incroyable intelligence, d’une qualité d’écriture remarquable, où la précision du vocabulaire n’a d’égale que toutes les nuances qui composent cet absent magnifique… Les vérités des uns se complètent ou s’infirment sans cesse et, comme devant un tableau pointilliste, seuls le recul et la distance permettent de se faire une idée… son idée! Chaque nouvelle rencontre, chaque aléa le plus infime remet en perceptive une trajectoire individuelle sans cesse érodée, à construire, de ces petits riens qui peuvent tout modifier, où chaque moment est unique, où passé, présent et futur ne sont que des repères qui éclairent un instant T fragile autant qu’éphémère… un équilibre instable et incertain toujours susceptible de basculer… voilà en substance la trame de cette histoire de chair et de sang où chacun apporte sa pierre à un témoignage collectif, lequel esquisse en filigrane à défaut de totalement révéler ce Fils aimé ou renié, ce mari exalté ou amant fantasmé, simple connaissance ou meilleur copain, patient hypocondriaque ou père attentionné dont l’extravagance se dévoile peu à peu… client fantasque ou jouisseur impénitent, écrivain maudit ou pilier de bar, petit malfrat ou voyageur au long cours… une mosaïque entre identité et imposture dont chacun garde en mémoire son propre souvenir… jusqu’à s’évanouir et disparaître, in fine, dans des circonstances troubles… Une issue inexpliquée pour illustrer une existence bouillonnante… Derrière le paradoxe apparent  se dessine par petites touches une vie qui ne peut se résumer, faite de hauts et de bas, de doutes et de certitudes, entre ombre et lumière… « Juger c’est de toute évidence ne pas comprendre, puisque si l’on comprenait on ne pourrait pas juger » disait Malraux… La troupe des Jeux Dits de la M.J.C. d’Onet en proposait hier après-midi dans les ruelles du centre historique de Rodez, une version déambulatoire d’une authenticité rare où tous les comédiens à l’unisson jouent sobre, juste et subtil.                                                                                                  Un spectacle particulièrement réussi qu’illustre à merveille l’affiche et que l’on pourra revoir plusieurs fois dans la quinzaine à venir, rendez-vous à ne manquer sous aucun prétexte.

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