Tout était possible…

Bizarre de revoir plus de 35 ans après « Mourir à 30 ans » le documentaire de Romain Goupil qu’il consacre à son ami Michel Recanati, Caméra d’or à Cannes 1982 avec de magnifiques musiques de Rossini, Mozart ou Bizet, depuis leurs années communes de militants lycéens à la Jeunesse Communiste Révolutionnaire fin des années 60 jusqu’à son suicide le 23 mars 1978. Tourné en noir et blanc avec de nombreuses images d’archives et des témoignages face à l’objectif de plusieurs de ses camarades, on saisit à la fois l’effervescence de cette époque et le tragique destin de certains de ceux qui ont consacré un pan de leurs vies à tout faire pour glisser « De la révolte à la révolution » pour reprendre le titre d’un film inachevé du même réalisateur. L’émotion qui nous saisit est toujours intacte, l’enthousiasme, la solidarité, la générosité sont palpables dans chaque séquence, on respire à plein poumons l’air si léger de ce mois de Mai 68 historique, de la logorrhée trop convenue des meetings aux moments beaucoup plus intimes où chacun lève le voile sur ses doutes ou ses hésitations…  Les premiers plans tournés dans l’urgence en version potache avec ses proches contraste avec les ambitions ultérieures de « filmer l’injustice » et, dès lors, se révèle le véritable enjeu: faire le portait d’un absent dont l’ombre est de plus en plus envahissante avec toute la culpabilité induite de ne pas avoir compris, de ne pas avoir été suffisamment présent quand c’était indispensable… On ressort toujours aussi bouleversé de la projection dans La petite Salle, et, d’autant plus, quand pour faire revivre l’intensité de ces instants, la parole est offerte à Jacques Serieys, qui, en ce temps-là, était un des leaders du mouvement en Aveyron, multipliant les manifestations, lesquelles prenaient toujours plus d’ampleur dans le département. Très vite il sera aspiré au niveau national par la JCR pour prendre des responsabilités dans cette organisation trotskiste. À ce titre, il côtoiera à la direction outre les deux protagonistes, d’autres personnalités de la gauche radicale comme Henri Weber ou Maurice Najman et animera localement la campagne présidentielle d’Alain Krivine en 1969. Il relate ses souvenirs très précis dans le livre « Quand les lycéens prenaient la parole » sous-titré les années 68, paru aux éditions Syllepse où il a écrit tout un chapitre sur ces événements vus d’ici. Ses paroles chaleureuses et sa modestie ne donnaient que plus de relief à ce rendez-vous. Outre le livre cité plus haut on peut trouver aussi à la médiathèque un gros pavé collectif de plus de 820 pages « La France des années 68 » chez le même éditeur avec quelques dates et repères importants qui évoquent également la situation à Rodez. Une soirée très émouvante qui ne laissait personne indifférent.                  En parallèle, vient tout juste d’être diffusé sur France 5, il y a quelques jours, un autre opus « La traversée » co-réalisé avec Daniel Cohn-Bendit, où on mesure 50 ans après, la trajectoire politique de celui qui a soutenu très tôt la candidature d’Emmanuel Macron!

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