Pas de deux

Alors que leurs époux respectifs se sont absentés, les voilà donc tous deux à se retrouver face à face dans le confort feutré d’un chalet que l’on n’imagine que cossu, à deviser de banalités futiles de façon très convenue, puis très vite à dériver de non-dits suggérés en confidences plus intimes sur leur idées par rapport au couple, à la liberté potentielle versus la fidélité mutuelle etc… On échange ainsi sur la culpabilité ou les regrets, la frustration ou l’épanouissement, le tout avec un vocabulaire suranné ou des formules si désuètes que « la poudre de perlimpinpin » chère à notre fort juvénile président ferait presque figure d’incongruité. Et tout est sur le même ton: brûlant de désir sous-jacent mais corseté par la bienséance de l’époque … « L’heure bleue » libre adaptation de « Pain de ménage » de Jules Renard est en harmonie avec ce temps heureusement révolu, très fin XIXème siècle où « les femmes ne sauraient être qu’ honnêtes » et « les maris fidèles »… Tout est dans la sémantique!!! Pour rendre accessibles ces dialogues vraiment vieille France, les Comédiens au Chariot s’appuient d’abord sur un intérieur très bourgeois rehaussé d’un énorme bouquet de fleurs, champagne au frais dans un seau rutilant etc… et deux acteurs au meilleur de leur forme. Lui costume strict et verbe compassé, flatteur au besoin, toujours à pérorer entre sous-entendus sans équivoque et vernis de surface, elle robe noire très suggestive toujours à minauder, à aguicher, la démarche féline ondoyante… Et chacun de se lover non sans plaisir dans cette valse contrariée, où quand l’un fait mine de se rapprocher, l’autre se doit de reculer… tutoyer les limites de l’acceptable toujours, ne les franchir jamais… question de « morale »: les jeux magiques de la séduction jusqu’aux marges d’un adultère que l’on ne conçoit que vénéneux. Ce que la scène de danse, à peu prés à la moitié de la pièce, rend à merveille, la sensualité et le mystère conjugués de la pression sociale… La permanence de la conjugalité, et son pendant une certaine érosion sentimentale induite, s’oppose à la fulgurance de l’étreinte fugitive ou fantasmée, le charme de l’interdit se nourrissant d’une certaine monotonie… Ce spectacle pratiquement en temps réel réussit à retenir l’attention des spectateurs de bout en bout grâce à une mise en scène toujours en mouvement et au talent de Marie Bur et Axel Garcia toujours justes pour incarner dans un équilibre instable parfaitement maîtrisé l’incertitude des cœurs et le vague à l’âme.                                            Ce spectacle tout en nuances est encore à l’affiche dans le petit théâtre cosy de Bourran ce soir à 20 heures 30 et aussi les 15 et 16 juin prochain.

 

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