L’écrit du cœur

Farfadet survitaminé, œil qui frise et malice en bandoulière, virevoltant sans cesse  d’estrades en tabouret, plus rarement debout derrière son micro, tel est apparu Barcella hier soir à La Baleine en tournée pour la promotion de son dernier album « Soleil », déjà le quatrième, sorti ce printemps. Égal à lui même, poète exquis en goguette, cœur à vif et sourire aux lèvres, il embarque le public dans son univers d’humour, de tendresse et de fantaisie. La nostalgie se conjugue du bonheur de partager, les souvenirs d’enfance tamisés au prisme de l’intelligence rebondissent de bonne humeur contagieuse et de lucidité pétillante. On sourit de l’histoire quasi charnelle entre une feuille et un stylo, on frissonne de l’élégance de ses mots si justes pour parler de sujets beaucoup plus graves que ce soit « La symphonie d’Alzheimer » hymne d’amour absolu à sa grand-mère ou « Salope » pieds de nez à la maladie ou à la lâcheté humaine, chanson qui devrait être remboursée par la Sécurité Sociale… Acrobatie de vocabulaire, jeux de mots en cascade, imagination débridée et sensibilité à fleur de peau pimentent chacun de ses textes d’une extrême douceur, lesquels sont autant de baumes apaisants pour les blessures du corps ou les fêlures de l’âme… Avec lui on peut glisser en un rien de temps d’un délire des plus farfelu aux yeux qui se mouillent, sa justesse d’écriture soulage autant les peines qu’elle enrobe de bienveillance chaque moment de la vie. Son numéro d’ogre grimaçant, babines frémissantes, hachoir et long couteau en main, prêt à se goinfrer de chair fraîche est un modèle d’ironie mordante, c’est le cas de le dire, où, au-delà des mots, se dévoile toute la richesse de la personnalité de l’interprète… Un style tout de légèreté, reconnaissable entre tous, où le quotidien de chacun se rythme d’une immense affection, où la générosité ne s’affranchit pas de la clairvoyance nécessaire, voilà comme on pourrait définir au mieux cet artiste inclassable, un des meilleurs chanteurs de la nouvelle génération, capable à chaque instant de soulever l’enthousiasme du public conquis, lequel n’attend que ça pour onduler en cadence ou applaudir à tout rompre. Sa reprise de « L’amour à la machine » d’Alain Souchon était la touche de délicatesse ultime d’un récital de haute tenue. Un des meilleurs concerts proposés dans cette salle.                                          En première partie se produisait en solo mais avec force boîte à rythmes Askehoug, du genre dandy énigmatique qui fait souvent dans la dérision.

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Un commentaire pour L’écrit du cœur

  1. blanc marika dit :

    Oui Jeandessorty
    Un régal !
    C est si bien dit….
    Un enchantement à chaque fois et à renouveler
    À bientôt
    Marika

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