Tout à l’ego

Soit un vieux couple, plus de 20 ans de mariage, lequel ne partage plus qu’ennui et futilités, dégoulinant de mesquinerie rance et de rancœur recuite, qui a voulu profité d’une offre promotionnelle dans une grande surface et s’est offert à bon prix deux amis, avec garantie, service après-vente et contrat d’entretien inclus !!! Une acquisition qui fait toute leur fierté tant cela leur confrère un statut de supériorité face à ces esclaves modernes, lesquels n’ont d’autre choix que de plier en quatre pour acquiescer au moindre désir, se répandre en courbettes et flagorneries où l’hypocrisie obséquieuse des uns ne fait écho qu’à l’abjection éhontée des autres… Le décor très sobre autant que les costumes très contrastés, noir de pied en cap pour les vautours cupides, blancs de candeur immaculée pour leurs proies, rendent concrets cette hiérarchie sociale: aux uns le droit de s’avachir dans des transats pour répéter les mêmes histoires éculées ou s’enorgueillir de leur médiocrité intellectuelle, aux autres une armoire où ils sont confinés jour et nuit hors leurs escapades obligées pour faire « la conversation » à leurs propriétaires… l’espace, le mobilier, les vêtements vecteurs du rapport de forces… L’intérêt de la pièce de Gabor Rassov « Les amis du placard » se concentre autant dans un texte aussi incisif que possible, pétri de cynisme sans illusion, d’humiliation sans borne, suintant de lâcheté et de veulerie sans limite que dans cette géographie de la soumission… Tant « l’abruti absolu » nanti de « sa femme chiante » lesquels confessent sans remord « leurs inaptitudes aux relations humaines » sic, que leurs souffre-douleurs corvéables à merci obligés de tout accepter, tous témoignent avant tout des dérives d’une société malade du profit, où la « réussite » de certains se conjugue du désespoir d’autrui… Un réalisme sinistre à peine exagéré qui ne peut laisser personne indifférent. Grâce à quatre acteurs remarquables de complicité et de justesse, La Compagnie « La belle équipe » venue de Paris dans une mise en scène signée  Herve Barret nous a offert hier à la Baleine au Festival Premier Acte d’Onet une très grande soirée de théâtre où la pertinence de propos grinçants d’intelligence se transcende en grande fresque politique et sociale vibrante d’actualité. Exemplaire !

Publicités
Cet article, publié dans Théâtre, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s