Baisers volés

Non, ce n’est pas du film de François Truffaut et des tribulations amoureuses d’Antoine Doinel dont il est question ici, mais d’une opérette, genre kitsch et surannée à souhait « Pas sur la bouche » dont Alain Resnais fit naguère une adaptation pour le cinéma avec ses acteurs fétiches Sabine Azéma, Lambert Wilson et Pierre Arditti notamment. Ce style très en vogue jusque dans les années dites folles mêlait des intrigues de boulevard bien convenues à des ritournelles des plus inoffensives, et, à cette époque, cela remplissait les salles… ce qui avec le recul du temps peut laisser plus que perplexe… Soit donc un texte d’André Barde (ça ne s’invente pas) accompagné de musique signée Maurice Yvain pour une oeuvre en trois actes se déroulant dans le Paris petit bourgeois bien pensant de ce temps-là, où se croisent femmes en pâmoison ou cocottes en devenir, mari cocufié seul à l’ignorer et amant surgi de nulle part, du genre beau gosse à qui on donnerait le bon dieu sans confession… des personnages aussi caricaturaux que sans aucune épaisseur… Résumé comme cela on se dit aussitôt mais qu’allons nous faire dans cette galère? À juste titre… C’est dire le pari, la gageure, pour ne pas dire l’exploit, que l’atelier Voix en scène du Conservatoire de musique de l’Aveyron s’était fait fort de relever pour s’inscrire à sa manière dans l’opération « Tous à l’opéra » dont c’est ce week-end la 12 ème édition mais, paradoxalement, sans jamais encore aucun écho dans notre département! Disons le tout de suite ce fut une excellente surprise qui témoigne de tout le travail accompli en amont pour un résultat plein d’allant, de folie contenue et de clins d’œil malicieux où tous les interprètes à l’unisson font preuve d’énergie communicative et de complicité contagieuse, se jouant des codes du genre pour n’en garder que le meilleur. Décors soignés, costumes plus affriolants ou old fashionned que jamais, exubérance à tout va, scénographie raccord pour se distancier juste comme il faut de l’état d’esprit tout de médiocrité qui corsète les différents protagonistes… en un mot du second degré tout en nuances pour valoriser au mieux tous les non-dits et autres sous-entendus de ces tirades mielleuses autant que délicieusement coquines et plus si affinités… Et ça marche! On se laisse embarquer avec bonheur dans ce maelström tout en boursouflures insensées où, entre autres grands moments, un cow-boy fringant torse nu et stetson sur la tête fait rêver des midinettes en quasi extase… Un grand bravo à toute la troupe sous les trémolos bienveillants tout de puissance de Sophie-Caroline Schatz avec un accompagnement très sautillant de Béatrice Tordjeman au piano.                                                                                        Un spectacle qui mériterait d’être rejoué plusieurs fois dans des salles plus grandes  pour partager ce plaisir avec davantage de spectateurs.

 

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