Contre moi de la tIRANnie

Un cauchemar qui va durer deux mois… deux mois détenu pour rien ou presque si ce n’est qu’en dessinant dans un supplément pour jeunes en 2006 une conversation anodine entre un enfant et un cafard, l’auteur prête à celui-ci une parole banale en azéri… Or parmi les Azéri, minorité d’origine turque qui vit dans le nord du pays, certains y voient le mot de trop et en prennent prétexte pour faire exploser une situation déjà extrêmement tendue… Manifestations de masse, émeutes, répression sanglante de la part du pouvoir central, la situation devint vite intenable et pour s’en sortir le pouvoir a besoin d’un bouc émissaire… Ce seront donc le dessinateur et le rédacteur en chef de cet hebdomadaire, victime collatérale, lesquels vont devoir expier un crime qu’ils n’ont pas commis bien qu’ils « n’ont transgressé aucune loi » comme le reconnaît solennellement l’autorité judiciaire devant laquelle ils comparaissent… mais il faut un coupable… d’où l’enfer d’être enfermés à l’isolement dans une minuscule cellule, dans un quartier non officiel, prison à l’intérieur de la prison, à Evin, sous administration du Ministère des Renseignements et de la Sécurité Nationale… en clair l’arbitraire le plus absolu pour y subir quantité d’interrogatoires plus absurdes et délirants les uns que les autres… Bizarrement, un jour, on lui délivre une autorisation de sortie provisoire de dix jours étendue ensuite à un mois, période qu’il mettra à profit pour s’enfuir via un périple extrêmement compliqué avec passeurs louches, O.N.G. impuissantes, ambassades frileuses, lequel passera par Dubaï, la Turquie, la Chine pour finalement se retrouver en Malaisie avec un faux passeport français puis in fine réfugié politique à Paris avec sa femme… Cette histoire  racontée à la première personne, c’est celle personnelle de l’auteur de bandes dessinées Mana Neyestani, à l’origine illustrateur de nombreux magazines culturels, littéraires, économique et politiques, publiée chez Çà et Là en partenariat avec Arte Éditions, sous le titre « Une métamorphose iranienne » référence kafkaïenne évidente… Un livre qui fait froid dans le dos tant il décrit la mécanique aussi démoniaque qu’incontrôlable, laquelle s’emballe de plus en plus pour briser un homme et ses proches… la censure, la soumission ou l’autocritique comme éléments clés d’un système paranoïaque en plein délire… Un découpage astucieux, des planches qui vont droit à l’essentiel grâce à un graphisme sobre, ce récit autobiographique tendu à l’extrême rebondit sans cesse et devient une effrayante plongée en apnée dans les arcanes d’un régime dictatorial à la logique destructrice.                                                                                                                                Un album passionnant couronné de nombreux prix qu’il faut lire absolument.

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