Point de non-retour

Des boys revenus traumatisés du front et qui n’arrivent pas à se réinsérer durablement dans la société U.S. actuelle, tant ils ont vu d’horreurs qui les font halluciner, paniquer, devenir violents, cauchemarder nuit après nuit, les handicapent au quotidien sur leurs lieux de travail avec leurs collègues comme dans leurs relations amoureuses ou de voisinage … c’est de tout cela dont il est question avec la bande dessinée de Will Argunas paru chez Casterman écritures. Un roman graphique de plus de 200 pages entièrement en noir et blanc, ce qui permet de resserrer l’intrigue autour des personnages principaux, tout en n’oubliant pas chaque fois que nécessaire, d’élargir le champ sur l’environnement typique des villes ou du décor plus familial qui sous-tend cette histoire. « Uriel Samuel Andrew » en insistant bien sur les initiales des prénoms de ces G.I. qui reviennent enfin au pays, acclamés avec tout le décorum et autres flonflons de circonstances habituels Outre-Atlantique, c’est l’histoire de trois, parmi tant d’autres, de ces soldats aussi célébrés officiellement que laissés-pour-compte dès qu’ils sont démobilisés… Alcoolisme, drogue et autres dérives addictives, chômage, dépression chronique… autant de « troubles de stress post-traumatique » dont ils souffrent au plus profond d’eux-mêmes et les inévitables dommages collatéraux qu’ils infligent in fine à leurs proches… décrits presque à la manière d’un docu-fiction sinon exhaustif du moins qui balaye large et nous plonge au plus près de tant de destins de vétérans, hier du Vietnam, aujourd’hui d’Afghanistan ou comme eux d’Irak… Aux États-Unis, d’après le Ministère des Anciens Combattants lui-même, 18 vétérans revenus de ces guerres meurtrières se suicident chaque jour, ce qui dépasse de loin le nombre de morts sur le terrain, c’est dire si le sujet est d’importance tant ces fantômes hantent la mauvaise conscience du pays de l’Oncle Sam. Un récit à hauteur d’hommes, sans excès, ce qui ne le rend que plus poignant, pour se glisser dans la tête de ces trois copains revenus sains et saufs mais à jamais brisés par ce syndrome… sans oublier le souvenir d’un de leurs camarades disparu… des parcours humains entremêlés pour nous immerger au cœur de l’Amérique profonde. Un album remarquable témoin de son temps à ne pas manquer.

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