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Du genre dépressif chronique ou désabusé, revenu de tout et sans plus trop d’illusions, ni sur lui-même ni sur autrui, un présent guère reluisant, un avenir plus qu’incertain, et un passé que l’on devine douloureux, c’est dire si, accoudé au comptoir, cet employé en mode Monsieur Loyal de pacotille, chargé de présenter les différents numéros de music-hall dans un casino minable de bord de mer, en a gros sur le cœur… Les whiskies qu’il sirote sans discontinuer lui servent autant d’exutoire ou de confessionnal que de thérapie pour avancer vaille que vaille, toujours brinquebalant, hésitant, rongé de mal-être, mais aussi avec des éclairs de maturité lasse. Il prend son auditoire à témoin, moins pour se lamenter sur son sort que pour partager ses rêves ou ses chimères… Une expérience sibylline de figurant dans un film abscons, un roman auto-centré qu’il sait ne jamais achever, des velléités de peintre maudit, le moins que l’on puisse dire c’est que ses ambitions artistiques, aussi nombreuses que vouées à l’échec, le mine, le consume, le détruise insidieusement… Parler jusqu’à plus soif, philosopher encore et encore, ergoter sans relâche, se confier sans limite, se dévoiler pour exorciser la peur et le doute, seul, devant comme derrière ce comptoir, lui permet de souffler un peu, de se régénérer entre chaque apparition, toujours plus déstabilisé… « Au bout du comptoir, la Mer! » écrit par Serge Valletti est un monologue pétri de mélancolie douce-amère, de morosité étouffée, de regrets étranglés, du spleen à l’état pur dont on ne guérit jamais… Pour transmettre toutes ces émotions en demi-teintes, Olivier Jeannelle, à la fois comédien et metteur en scène, cheveux gominés, engoncé dans un costume strict, nœud papillon sur chemise banche obligatoire, endosse furtivement de multiples identités pour tentent de cacher au mieux la vacuité de son quotidien… Pathétique ou gouailleur, flambard ou mytho, aussi lucide que possible, il dérive et divague au long cours… Des tranches de vie entre amertume et humour pince- sans-rire, des instantanés d’un looser magnifique d’une folle normalité, l’imaginaire insatiable d’un « comique muet » aux fantasmes inassouvis. Un brillant numéro d’acteur pour enrubanner un texte parfois un peu trop mince.                                                                                                                            « Cet objet théâtral nomade ultra léger pour bistrot et autres lieux »  spectacle proposé par Vallon de Cultures dans des endroits atypiques, non dédiés comme le veut la formule actuelle, était en tournée cette fin de semaine comme par exemple samedi à La Diligence à Nuces, un cadre particulièrement adéquat.

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