Mots pour maux

Un ovni totalement hors norme, fulgurant autant que douloureux, vertigineux autant que bouleversant, tumultueux autant que salvateur, que le spectacle proposé hier soir à La Baleine. Sur la grande scène, tantôt dans une lumière crue, tantôt plutôt pénombre ou projecteurs tamisés, Andréa Bescond, seule, toute de détermination et d’une volonté que l’on devine sans limite, pour « Les Chatouilles » sous-titré « la danse de la colère ». Ce mélange aussi improbable que totalement maîtrisé, de chorégraphies qui puisent dans tous les registres que de thérapie théâtrale, s’immisce lentement, tant il résonne au plus profond de chaque spectateur, pour le prendre à témoin d’un drame personnel au cœur de son intimité trop longtemps tu, enfoui, refoulé… une blessure par trop indélébile dont il faut patiemment, délicatement mais obstinément cautériser les stigmates. Un traumatisme subi dans l’enfance par une petite fille de 8 ans qui depuis très jeune se passionnait pour la danse, dont elle deviendrait plus tard une excellente interprète, victime d’attouchements, d’agressions sexuelles et de viols, l’indicible qui brise et enferme la victime dans l’incompréhension, le secret, le silence assourdissant de souvenirs obsédants dont l’étreinte se fait chaque jour plus oppressante… C’est dire si l’ enjeu est d’importance et son expression d’une redoutable difficulté. Poser des gestes, des paroles, des attitudes sur ces moments d’une noirceur absolue, entre doutes et fragilité pour en finir… les dépasser, les exorciser pour guérir au plus vite, puis enfin rebondir, libéré, réhabilité, confiant et immunisé pour mieux renaître à l’estime de soi, au regard et au respect d’autrui et in fine à l’amour et à la vie… De temps à autre pour permettre de s’extraire un peu de cette atmosphère aussi glauque que destructrice, quelques moments plus enjoués voire quelques sourires étouffés ou un peu d’humour noir permettent quelques trouées d’air frais pour soulager l’atmosphère d’extrême tension qui enveloppe ce spectacle de bout en bout sur le fil du rasoir… D’objet meurtri et dégradé, dévasté de spasmes et tremblements, la comédienne réussit grâce à une présence de tous les instants à transcender son corps en sujet de féminité solaire réapproprié et assumé… Une résurrection devenue un magnifique message d’espoir et d’optimisme. Un combat indispensable contre l’omerta adapté pour le cinéma qui sera sur les écrans en septembre prochain, en coréalisation avec Éric Métayer à qui on doit cette mise en scène au scalpel, extraordinaire d’énergie troublante doublée d’efficacité lucide.                                                    Probablement un des tous meilleurs spectacles vus dans cette salle.

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