Au Nord, c’étaient les corons …

Une catastrophe épouvantable, une explosion d’une violence phénoménale, laquelle dévastera des kilomètres de galeries et fera 1099 victimes, la plus grande tragédie minière de tous les temps en Europe, et deuxième au monde après une survenue plus tard en Chine, que celle de Courrières du 10 mars 1906 dans le bassin minier du Nord/Pas-de-Calais. Ou comment la Compagnie des mines de cette ville préféra sauver le matériel et l’outil de production plutôt que d’engager les moyens de secours nécessaires pour sauver le maximum de ses employés, voilà la trame de cette B.D. magnifique qu’est « Sang Noir » un récit poignant de Jean-Luc Loyer paru chez Futuropolis. Comme un reportage haletant et de haute tenue, il s’attache d’abord à resituer le contexte politique et social et même culturel de l’époque, puis suit au plus prés les histoires personnelles de quelques-uns des différents personnages impliqués dans ce qui très vite devient un drame national aux multiples enjeux… Économique d’abord car le charbon est la première source d’énergie indispensable au développement de l’industrialisation naissante du pays, sociale ensuite car de ces circonstances terriblement douloureuses s’ensuivront grève de grande ampleur, répression, et in fine amélioration des conditions de vie des mineurs par l’instauration du repos hebdomadaire, puis plus tard création du Ministère du Travail… Un événement fondateur tant de la conscience ouvrière que révélateur de certains élus… Si Jean Jaurès, comme en témoigne son éditorial dans l’Humanité reproduit en annexe est bien l’icône des humbles, Clemenceau s’avère l’ambiguïté même, retors et sans scrupule… L’auteur fait merveille quand il décrit aussi bien le courage et l’héroïsme de certains que la veulerie des autres, la colère face à l’indifférence, la solidarité face à l’égoïsme, la détresse et le cynisme, l’abnégation ou le profit…  Des pages qui font écho à celles de Germinal de Zola que l’on retrouve d’ailleurs dans la préface. Le graphisme très soigné, toujours entre ombre et lumière, devient l’écrin adéquat pour sublimer les visages de ces héros. Le découpage en plusieurs chapitres bien identifiés rajoute une touche d’authenticité, s’il en était besoin, à cette enquête a posteriori sur un événement fondateur de notre mémoire collective, lequel bouleversa comme jamais auparavant les rapports du travail et du capital, une date dans l’Histoire politique et sociale de notre pays. En supplément quelques documents dont des photos émouvantes pour s’immerger totalement dans ce livre tout de dignité, aussi passionnant que superbe.  À lire absolument.

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