En eaux troubles

Comment d’une aventure incroyable au cœur de l’Afrique, un officier britannique de la marine marchande, descendant de la noblesse polonaise se retrouve embarqué dans une expédition pour remonter le fleuve Congo car le Roi des belges de ce temps-là, Léopold II, s’est mis en tête de conquérir pour son compte personnel, oui pour son propre patrimoine, un territoire grand comme 80 fois son royaume. Sous couvert d’oeuvre civilisatrice de « développement du territoire et émancipation des populations » il part ainsi de Bruxelles en mai 1890 pour essayer d’atteindre Kinshasa voire progresser au-delà… De ce ténébreux voyage qui s’éternise dans des conditions extrêmement périlleuses, et de tous les aventuriers louches qu’il croise, lesquels se comportent en « seigneurs de guerre » n’hésitant ni à piller les villages traversés, ni à massacrer leurs habitants si nécessaire pour s’enrichir dans le trafic d’ivoire d’abord, du caoutchouc ensuite, « les spécimens de Stanley en carton bouilli » comme il les nomme, Jozef Teodor Konrad Korzeniowski s’en inspirera pour publier un de ses premiers romans… La B.D. « Kongo » signée Christian Perrissin pour le récit et Tom Tirabosco pour les dessins en noir et blanc parue chez Futuropolis suit ainsi pas à pas le périple de celui qui, quelques années plus tard en 1899, sous le nom de Joseph Conrad publiera « Au cœur des ténèbres » un livre essentiel qui, s’il ne remet pas en cause fondamentalement l’impérialisme occidental et sa vision caricaturale partagée largement par les Européens à la fin du XIXème siècle, n’en interroge pas moins de façon lucide le vrai visage de la colonisation… Venu au Congo pour y travailler et satisfaire un rêve, il en repartira traumatisé par toutes les horreurs qu’il aura vues: cupidité, exactions, magouilles en tous genres etc… C’est donc l’itinéraire de ce jeune capitaine au fil d’un fleuve de tous les dangers qui est la trame de cet album de plus de 160 pages accompagné en supplément d’un dossier très documenté pour bien appréhender tant le contexte géopolitique que la mentalité de l’époque… avec entre autres informations un portrait peu flatteur du fameux Henry Morton Stanley, figure plus que controversée pour qui tous les moyens étaient bons pour conquérir l’Afrique et s’approprier les richesses du continent…  Nous reviennent bien sûr alors en mémoire les images de certains films de Werner Herzog sur des sujets voisins comme « Aguirre » ou « Fitzcarraldo », tous deux avec Klaus Kinski littéralement halluciné en tête d’affiche.                                                                                                                      Une B.D. historique captivante disponible à la médiathèque de Rodez.

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