Fau(x)deville

Et si Georges Feydeau en personne pouvait assister à la représentation d’une de ses œuvres de théâtre pour intervenir, reprendre, modifier sans cesse l’intrigue à tout moment au gré de ses humeurs ou de celles de ses acteurs??? C’est le postulat de départ d’un texte de Bruno Abadie à partir de quelques extraits de la comédie « Le dindon », où se croisent coureur de jupons invétéré, amant, maîtresse et tout le barnum de ce genre de vaudeville suranné. « La pièce cachée de Feydeau » l’imagine donc au premier plan, séparé des comédiens par un simple paravent, chemise de nuit blanche et bonnet de nuit assorti sur la tête. Assis derrière son bureau, plume d’oie en mains, il interagit en direct pour essayer de trouver une issue plausible à l’imbroglio inextricable dans lequel il a piégé tous ses personnages. Une histoire abracadabrantesque totalement farfelue où on ne s’étonne pas de rencontrer une galerie croquignolesque d’hurluberlus complètement hallucinés: un rugbyman pas franchement convaincant, un plombier, certes pas polonais, mais très disponible pour activités en tous genres, un dandy maniéré qui ne jure que thés exotiques, une cocotte qui se la joue encore… etc… Sauf que tout est recalé à notre époque, que les femmes s’affirment, que toutes les sexualités sont acceptées, que toutes les combinaisons sont possibles, un vrai catalogue LGBT, une histoire sans queue ni tête, enfin si l’on peut dire… Jouant sur anachronisme, clichés et jeux de mots,-« gay attristé récemment »-sic, les interprètes de la compagnie toulousaine Les Respounchous, tous (ou presque), vêtus de rouge et noir très stendhalien, s’en donnent à cœur joie pour pulvériser les conventions et faire tourner en bourrique l’auteur lui-même qui ne sait comment stopper sa machine infernale, laquelle lui file entre les doigts… Plus ça s’emballe, plus on se délecte de cette fantaisie aussi délirante qu’invraisemblable mais tellement jubilatoire! De quoi définitivement tourner la page de tels textes originaux inconsistants? Rien n’est moins sûr,  mais avec ce spectacle qui gagnerait à être plus punchy, au moins pas de doute, il n’y a pas tromperie sur la marchandise.                                                                  Ainsi se terminait le Festival de Marcillac 12ème du nom avec une seule fausse note: la soirée catastrophique de samedi. Rendez-vous l’an prochain.

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