Ladies and Gentlemen …

Surtout ne pas se fier au titre de la pièce. « Le bon côté des choses  » est une adaptation partielle d’une série de plusieurs monologues écrits à l’origine pour la B.B.C. par Alan Bennet, six à l’origine, ici réduit seulement à quatre, lesquels mettent en lumière successivement des personnages aussi surannés qu’extravagants, dévorés de solitude voire de schizophrénie et qui tous essaient de dissimuler leurs failles derrière bienséance et sourires de façade. C’est ainsi que vont se croiser une starlette évaporée abonnée à des rôles insignifiants laquelle se voit convaincre par un producteur véreux modèle Weinstein de s’orienter vers du porno soft pour faire décoller sa carrière, une femme de vicaire portée sur l’alcool et lasse de jouer les bons offices découvrant le plaisir dans les bras d’un épicier indien en version Bollywood, une solitaire acariâtre compulsive de la dénonciation à tout va et un vieux garçon légèrement dérangé lequel supporte de plus en plus mal la cohabitation avec sa mère, envahissante veuve toute émoustillée lorsqu’elle retrouve un ex… Des citoyens sans aspérité apparente lesquels vont dériver progressivement pour composer un puzzle toujours plus ambigu où chaque pièce s’emboîte méthodiquement pour composer un effrayant panorama d’une certaine middle class anglaise officiellement insoupçonnable mais en réalité insupportable de vanité, de préjugés et autres turpitudes… Wisteria Lane en beaucoup, beaucoup plus infréquentable… Rendre palpable le malaise diffus qui enveloppe chacun, en explorer chaque interstice, faire sourdre tout le cynisme et l’incongruité, repousser via un humour décalé les limites de l’absurde, c’est un pari audacieux et réussi haut la main par La Compagnie parisienne Chaos Léger. Dans un décor minimaliste à géométrie variable en perpétuel mouvement, la mise en scène paradoxalement très portes qui claquent old school devient toile d’araignée où chacun se débat dans sa vacuité… La mise en scène de Laurent Abécassis toute d’élégance se révèle du grand art où à la fin les différents chemins se croisent pour devenir labyrinthe dont nul ne peut s’extraire. Cette comédie humaine so british volontairement guindée n’est plus seulement grinçante elle en devient tragique et crépusculaire… Du thé aromatisé au vitriol…                                                                                    Ce spectacle vénéneux mettait d’emblée la barre très haut. Une excellente ouverture pour le Festival ThéâtraVallon de Marcillac dont c’est la douzième édition.

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Un commentaire pour Ladies and Gentlemen …

  1. Catherine Groleau dit :

    Une mise en scène astucieuse, une « machine à jouer » diablement efficace et des comédiens inspirés. J’avais découvert ce spectacle et cette compagnie l’an dernier à Clermont-Ferrand. Bravo à eux! Ravie de ce succès ! Catherine du Coche Cuche Théâtre.

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