Si c’est une femme

Du théâtre historique de haute tenue pour réfléchir sur la nécessité du combat politique, la lâcheté ordinaire ou les petites compromissions dont on ne s’accommode que trop, la fidélité et la loyauté à ses idéaux… un texte d’une grande rigueur idéologique, porteur d’espoir et de confiance en l’homme, c’est dire toute la valeur de cette pièce de Charlotte Delbo, secrétaire de Louis Jouvet, écrivaine impliquée dans la Résistance, déportée ensuite à Auschwitz… Au début de « Ceux qui avaient choisi » tout semble normal, banal, anodin. Nous sommes à Athènes au début des années 60, une terrasse de café, deux tables côte à côte… Assise à l’une d’elle une femme très élégante, mince, stylée, son imperméable crème sur les épaules, cigarette aux lèvres, prend son thé absorbée dans la lecture d’un gros livre… Tout près un autre consommateur, tiré à quatre épingles, panama sur la tête, bock de bière en face de lui, lequel après quelques hésitations se lève pour engager la conversation … Et pour cause il se trouve être l’auteur du livre, un universitaire spécialiste de la Grèce antique… Ce ne serait que très convenu et sans importance si lui n’était un ancien officier de la Wehrmacht et elle une survivante des camps de la mort… Dès lors, d’impromptu au départ le dialogue devient beaucoup plus tendu, âpre, nerveux, essentiel pour chacun d’eux… Elle lui dévoile des moments très intimes de sa vie brisée, il dissimule renoncement et culpabilité honteuse en excuses récurrentes… À son courage et à sa volonté, il n’oppose que faux-fuyants, complicité passive et malaise… La lucidité face à l’atermoiement, la mémoire face à la dissimulation… Ces confidences douloureuses exprimées sans haine mais avec détermination deviennent autant de lueurs aveuglantes pour lui qui s’enfonce dans le déni… bien que sa femme juive allemande elle-même fut aussi victime de la barbarie nazie… Ce récit à deux voix très autobiographique, tout de justesse et de pudeur, hanté par le souvenir de son jeune époux exécuté au Mont Valérien le 23 mai 1942 à l’âge de 28 ans, redouble de densité chaleureuse et de réflexions universelles sur la destinée humaine. « Ceux qui vivent sont ceux qui luttent » citation de Victor Hugo reprise dans cette histoire résume parfaitement la genèse de ce drame.                                                                                                                             Présenté hier dans la salle des archives départementales, la pyramide, ce spectacle tout en nuances et sobriété, proposé par la compagnie Élektro Chok résonne d’une brûlante actualité.

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