Raccrocher les gangs

Une histoire méconnue, incroyable mais vraie, tel est cet album paru aux Éditions Steinkis « Ghetto Brother » sous-titré, une légende du Bronx, qui raconte la vie de Benjamin « Benjy » Melendez, fils d’immigrants porto-ricains débarqués à New-York pendant la Gran Migracion en 1963, laquelle vit des milliers de famille originaires de cette île des Grandes Antilles rejoindre les Etats-Unis. En effet, avait été votée en 1917 juste avant l’entrée en guerre des U.S.A dans le premier conflit mondial une loi qui conférait potentiellement aux habitants de Puerto Rico la nationalité américaine. Dans ces années 60 hantées par le Vietnam, dans son quartier ravagé par la drogue, la vie au quotidien est très difficile: c’est l’apogée de gangs toujours plus nombreux, lesquels se sont appropriés la ville, la découpant en territoires sur lesquels chacun règne en maître absolu, ce qui signifie entre autres de nombreux règlements de comptes… Plutôt que de répondre à cette violence récurrente, il fondera son propre groupe sous le nom de « Ghetto Brothers » et le premier s’adressera aux autres chefs pour négocier une paix durable, scellée par une déclaration commune, « le sommet pour la paix de Hoe Avenue »… Ce que beaucoup considèrent comme le fondement d’une autre culture dans le Bronx. Cette trêve permit à la jeunesse de s’aventurer dans les quartiers voisins sans risque et de participer à de nombreuses activités comme de festoyer en musique. De cette époque plus paisible naquit notamment l’émergence de la culture appelée hip hop avec des grands noms comme Kool Herc ou Afrika Bambaataa, deux ex-chefs de gangs devenus de célèbres DJ aux nombreux fans inconditionnels. Les Ghetto Brothers eux-mêmes enregistrèrent en 1971 un album Fuerza/Power. Cette biographie de Julian Voloj photographe de profession pour le scénario très documenté, avec les dessins sensibles en noir et blanc de Claudia Ahlering, artiste peintre d’origine permet de découvrir tout un pan de l’histoire contemporaine au travers d’un récit initiatique, celui d’un jeune aux « identités multiples et conflictuelles » dont les parents étaient descendants de « Marranos », les juifs expulsés d’Espagne par la reine Isabelle la Catholique en 1492 et qui malgré leurs conversions forcées continuaient en secret à observer les traditions séculaires du judaïsme…                     Une bande dessinée vibrante d’authenticité et de passions qui redonne espoir en l’humanité et rend aussi hommage à un citoyen ordinaire, courageux et déterminé, décédé le 28 mai dernier à l’âge de 65 ans. À  lire absolument.

Publicités
Cet article, publié dans B.D., est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s