Basta

C’est une histoire extrêmement pudique déclinée en plus de 130 planches, un récit qui se déroule lentement, tout le temps nécessaire dont a besoin un vieillard qui sent sa fin proche et qui peu à peu va confier à son petit-fils nombre de ses souvenirs parmi les plus secrets, jamais dévoilés à quiconque… comment des italiens qui subissaient la famine au sortir de la seconde guerre mondiale ont pris le chemin de l’exil pour travailler dans les bassins miniers de l’Europe du nord, notamment vers « La Belgique, pays du bonheur » et s’y user la santé. Ces immigrés ont connu des conditions de vie souvent difficiles en particulier les logements de fortune, la silicose et ses conséquences terribles en terme de maladie ou d’espérance de vie, loin du pays natal, cette Italie idéalisée où beaucoup ne retourneront jamais pendant toute leur vie professionnelle… C’est dire la nostalgie subtile et la mélancolie douce-amère qui enveloppe dès la couverture et jusqu’à la dernière vignette cette bande dessinée de Vincent Zabus au scénario, inspiré de la vie du père d’une de ses amies, et Thomas Campi pour les dessins aux teintes ocres et terre de sienne majoritairement, lesquels ajoutent une patine de vérité supplémentaire. « Macaroni! » titre de cette publication, c’est surtout le surnom plus quolibet moqueur que rejet réel dont le héros, le vieil Ottavio a été affublé des années durant… De cela pas plus que de la difficulté du quotidien à trimer avec un salaire insuffisant pour entretenir décemment une famille, sa vie au fond de la mine où ils broyaient du noir, sens propre et sale comme au figuré, il n’a jamais parlé… Parce qu’il se rapproche de son grand-père, « un vieux chiant qui pue » tout au long de cette semaine de « vacances » où il apprend à jardiner ou s’occuper du cochon Mussolini-sic-, lui le « stupidino » réussit progressivement à l’apprivoiser, à rompre sa solitude et à devenir son confident privilégié. De ces rapports d’une extrême tendresse, entre non-dits et mémoire hésitante, chacun sortira transformé… Publié chez Dupuis cet album parle de transmission entre générations, de passage de témoins indispensable… mieux grandir pour lui, retrouver un sens à une longue existence mal vécue pour l’aïeul, voilà la quintessence de ce livre disponible à la médiathèque de Rodez, avec en prime une préface toute de sincérité et délicatesse de Salvatore Adamo dont la famille a vécu une destinée similaire.

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