Clichés noir et blanc

« Attifa de Yambolé » est présenté comme un conte ludique pour enfants, avec un aspect forcément magique puisque se déroulant en Afrique, continent qui nourrit tant de portes sur l’imaginaire ou le fantasme, et les deux interprètes n’ont pas lésiné sur l’ambiance forcément adéquate: boubous chamarrés, instruments de musique et autres colifichets totémiques, du genre en kit fait de tout ce que n’importe quel touriste peut ramener dans ses valises. Sereines face au public venu nombreux hier à la salle d’animation de Luc, deux collègues bibliothécaires, l’une sourde, l’autre entendante, Valérie Véril et Delphine Saint-Raymond, œil pétillant et lèvres gourmandes, débutent ainsi ce qui pourrait n’être qu’une banale lecture publique de textes anodins, une histoire écrite par elles-mêmes suite à un voyage effectué précédemment au Sénégal, histoire de prolonger et faire partager des souvenirs ou des anecdotes. Inoffensif donc sur le principe mais redoutable quant aux sous-entendus à double sens, lesquels dégoulinent de préjugés culturels, d’obséquiosité caricaturale, de poncifs inconsistants, de lieux communs  tout de platitude, de condescendance mielleuse et autres… On enfile les perles l’air de rien sur tout et n’importe quoi: les marabouts ou les sorciers, les villages typiques de brousse, l’arbre à palabres et la sieste concomitante, la famille élargie, les tamtams, les codes de beauté différents, la polygamie ou le charabia etc… comme un catalogue quasi exhaustif de post-colonialisme faussement vertueux… le racisme émerveillé élevé au rang de grand art… Comme en plus cette histoire à tiroirs qui rebondit sans cesse se décline simultanément en langue des signes, les décalages de traductions, les approximations et autres digressions volontaires en rajoutent dans le côté humour second degré tout en nuances subtiles avec une bonne dose d’auto-critique qui transforme ce spectacle en fantaisie jubilatoire suintant de mauvaise conscience particulièrement réjouissante. Avec en prime quelques relents qui fleurent les arrière-comptoirs sur les instits toujours en vacances, la religion musulmane, les solidarités humanitaires etc… Quant à la chute aussi cruelle qu’iconoclaste, elle permet de remettre instantanément tout en perspectives…                    Ce spectacle de la Soi-Disante cie tout de malice complice particulièrement réussi sera de retour le 25 mai prochain à Sainte-Radegonde, une deuxième chance à saisir de toute urgence.

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2 commentaires pour Clichés noir et blanc

  1. Saint raymond dit :

    Merci pour cotre article qui nous fait tres très plaisir.
    Nous nous régalons toujours à jouer ce spectacle, parce qu’il est tellement vrai, partout, de nos jours.
    C’était un plaisir de jouer auprès de vous.
    Delphine (la comédienne sourde d’Attifa)

  2. Valérie Véril dit :

    Quel bel article! Merci ! ça fait tellement plaisir quand on réalise à quel point tous les petits détails qu’on a voulu injecter dans le spectacle sont captés par le public. ravie de vous avoir touché à ce point. Et très heureuse de cette représentation. Valérie, la comédienne non sourde 🙂

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