Reines de Saba

C’est un reportage en immersion que l’on doit à la photo-reporter Agnès Montanari, partie au Yémen rejoindre son mari en mission pour le Comité International de la Croix Rouge. Aussitôt débarquée dans le pays, elle est partie déambuler dans les rues de la vieille ville de Sana’a où elle a croisé nombre « d’oiseaux mystérieux, des ombres noires qui ne différent que par la taille », les femmes yéménites, quasiment toutes voilées de la tête aux pieds. De là est né son projet de voyager au cœur du monde des femmes de ce pays, d’essayer de percer leurs secrets, leurs projets, leurs doutes ou leurs douleurs, aller à leur rencontre les écouter, les connaître… C’est donc le fruit de ces moments privilégiés, et avec leur accord, qu’elle dresse le portait de quelques-unes d’entre elles… Des histoires individuelles hautement symboliques qui dressent un état des lieux, début des années 2010, de leurs conditions de vie, des rapports qu’elles entretiennent avec leurs familles, leurs proches et en tout premier lieu les hommes de leur entourage immédiat, père, mari, frère, auxquels elles sont soumises en permanence. Le poids de la religion, des traditions ancestrales, la place de la tribu ou du village dont on est issu, chacune se confie, se livre avec émotions racontant avec une infinie pudeur sa vie, ses difficultés, son histoire intime… Ugo Bertotti illustre à merveille par petites touches ces tranches de vie dans cette bande dessinée « Le monde d’Aïcha » sous-titré « Luttes et espoirs des femmes au Yémen » parue chez Futuropolis, avec des dessins noir et blanc très contrastés, une mise en page très élaborée et le souci du détail des costumes à l’architecture des bâtiments. Derrière le niqab, « ce voile qui couvre le visage ne laissant à découvert que les yeux », se révèlent les destins souvent tragiques de chaque personnage, toutes mariées très jeunes et leurs vies durant entièrement esclaves au foyer à faire des enfants et tenir leur maison supervisées par leur belle-famille. Où être veuve ou seule s’avère une bataille de tous les instants pour se faire accepter dans ce monde patriarcal. Entre drames -l’une doit être opérée d’urgence dans un hôpital de Médecins sans Frontières car son mari lui a tiré dessus pour venger un soi-disant déshonneur, reconnaissances -une autre a réussi dans les affaires et son restaurant est devenu le nec plus ultra de la capitale, ou vie professionnelle ou sociale au jour le jour… Ces témoignages poignants sont autant de lueurs dans les ténèbres, des batailles courageuses menées pour vaincre l’oppression et faire valoir leurs droits.                                                                                  Leur combat indispensable au quotidien pour l’émancipation mérite attention et soutien. Un livre absolument superbe.

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