Imperator

Caligula dans toute sa folie, sa démesure, sa rage , sa cruauté, sa logique mortifère autant qu’absurde, voilà le défi que la Compagnie toulousaine « Ah! Le destin » a relevé haut la main avec sa version échevelée de la pièce éponyme d’ Albert Camus. Un pari insensé à la hauteur de ce personnage hors du commun, dévoré d’ambitions autant que d’absolu, obsédé d’impossible, capable du pire au nom du meilleur, tyran redoutable et redouté, haï par beaucoup et trahi par ses proches, lesquels comploteront pour l’assassiner. La destinée tragique d’un homme qui, au nom d’une logique maléfique et teintée d’absurde, use et abuse de son pouvoir contre tous autant que contre lui-même. Des éclairs de lucidité éclairent par intermittences la noirceur de ses pensées, sa perversité se nourrit du désespoir, ses doutes ajoutent à la confusion de ses idées noires, la douleur du deuil achève de le métamorphoser. Tantôt rock star sous acide empoignant le micro, tantôt drag queen hébété, ce despote sanguinaire soudain redevenu humain, tel nous est présenté Caligula, parangon d’ambiguïtés toujours sur un fil, et c’est cela qui nous le rend à défaut d’attachant au moins pathétique et donc en partie miroir de nos âmes. De répliques cinglantes en aphorismes bien sentis, cet empereur dévasté devient au fil de l’intrigue autant honni que vulnérable. La tête ceinte d’une couronne de lauriers, souliers baroques aux pieds, dans des costumes résolument psychédéliques, ses fêlures intimes-« l’inceste qui prend l’allure d’une tragédie »- deviennent de plus en plus béantes et donnent à cette pièce de bruit et de fureur des accents shakespeariens du meilleur effet. Comme tous les comédiens sont tous absolument parfaits de justesse et de précision, que la mise en scène est vraiment un modèle d’inspiration et d’ingéniosité, quasiment sans aucun décor, juste quelques accessoires, ce drame vénéneux devient parabole crépusculaire qui restera longtemps en mémoire des spectateurs. Une réussite absolue qui ouvrait magistralement hier à La Baleine cette nouvelle édition de Région en scène, décentralisée pour la première fois sur le grand Rodez.

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