Exodus

« Manolis » est une bande dessinée initiatique parue aux éditions Cambourakis, largement inspirée de la vie du père de l’auteur Allain Glykos, avec des illustrations en noir et blanc d’Antonin, et adaptée de son roman éponyme publié il y a une dizaine d’années… Tout commence au lendemain de la première guerre mondiale. L’empire ottoman qui fait partie des vaincus se voit mis sous tutelle et son territoire démantelé et partagé entre les vainqueurs. Mustapha Kemal connu plus tard sous le nom d’Atatürk qui refuse cette main mise étrangère entre alors en résistance pour reconquérir son pays. En septembre 1922, le grand incendie de Smyrne, rebaptisée ultérieurement par les turcs Izmir, avec la défaite des armées grecques signera le début de « La Grande Catastrophe  » ce qu’un an plus tard, le Traité de Lausanne scellera avec l’échange massif des populations autour d’1,5 million de Grecs orthodoxes d’Asie Mineure expulsés vers la mère patrie, les Micrasiates, échangés contre environ 500 000 Turcs vivant alors en Grèce continentale. Sauf qu’après ces années de guerre, le pays est exsangue et rien n’est prévu pour accueillir ces réfugiés très mal vus des populations locales… C’est donc l’histoire du petit Manolis, 7 ans au début du conflit, qui vit à Vourla en Anatolie, qui nous est contée. Toute sa famille sera disloquée un peu partout dans le pays, lui se retrouvant seul avec sa grand-mère avant d’être « adopté », puis retrouvant sa mère et ses frères et sœurs en Crète… Une odyssée placée sous le signe d’Ulysse, un livre qui l’accompagne tout au long de son périple, une histoire qu’il partageait enfant avec tous ses copains y compris turcs, et jusqu’à son arrivée à Bordeaux où il s’enracinera… et lieu de naissance de son fils écrivain, lequel avec ce livre retrouve à la fois une part de ses racines mais aussi nous propose un récit inscrit dans l’Histoire contemporaine de l’Europe. La couverture où l’on voit église et mosquée face à face, et la première double page avec une même scène dans un théâtre d’ombres mais deux bulles, l’une en grec, l’autre en turc, résume parfaitement la double identité du personnage ballotté par la réalité de situations complexes qu’il découvre peu à peu. Un roman graphique qui revient avec pudeur sur une période méconnue.

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