Jacques a dit

De Jacques Prévert, on a tous enfoui dans notre mémoire, qui, une poésie que l’on se plaisait à réciter devant ses camarades à l’école, qui, des images d’un vieux film en noir et blanc aux dialogues ciselés et souvent impertinents ou au scénario tout d’ambiguïté, ces classiques patinés qui font le bonheur de générations toujours renouvelées… Sauf que le spectacle « Sur la tête » qui était hier soir à l’affiche à la M.J.C. de Rodez c’est tout autre chose. Même auteur prolixe, même dérision tendance libertaire vachard, même humour volontaire frisant l’absurde, même propension à se jouer des mots avec finesse et à dynamiter les formules creuses resservies à satiété, même distance teintée de loufoquerie assumée, même liberté de ton… dont ses fameux « inventaires » inclassables sont l’une des plus belles facettes… un exercice de style de haute volée porté avec une fraîcheur remarquable par les élèves de la dernière promotion de l’Atelier du Théâtre National de Toulouse intelligemment mis en scène par Laurent Pelly avec Thierry Gonzalez en live au piano . Un décor extrêmement sobre mais inventif qui se résume à quelques chaises disposées de part et d’autre d’un espace central où évoluent les jeunes comédiens, matérialisé par une immense bande de papier façon rotative d’imprimerie qui se dévide au fil des écrits, tour à tour écran, miroir déformant de nos angoisses ou de nos doutes, ou lieu de déambulations philosophico-surréalistes, tête dans les nuages mais pieds sur terre. De ses multiples textes aussi poétiques que farfelus on retiendra, selon ses goûts, soit un dîner à l’Elysée jubilatoire et iconoclaste à souhait, soit une corrida déjantée qui fait du taureau un personnage aussi incandescent que déjanté, ou un immeuble incroyable dont on n’aimerait pas avoir ses habitants pour voisins tant ils ont tous un grain de folie furieuse… L’âme du grand écrivain plane de bout en bout sur ce melting-pot de courtes scénettes, lequel se réincarne momentanément dans l’une d’elles, éternelle cigarette au coin des lèvres. Aphorismes, oxymores et autres acrobaties du langage qui scintillent tout au long de ce spectacle atypique offrent à ce grand nom de notre patrimoine littéraire un écrin de choix. Prévertigineux.

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