Terminus

Son dernier film en date « La villa », Robert Guédiguian ne l’a pas situé à l’Estaque ce quartier de Marseille dont il nous parle si souvent entre tendresse et nostalgie, mais juste à quelques encablures de là, sur les bords d’une calanque reculée. C’est là, dans la maison familiale, laquelle surplombe un petit port de pêche autrefois animé, que se retrouve une fratrie accourue au chevet de leur vieux père. L’un est toujours resté sur place, ayant repris le petit restaurant dans l’esprit de jadis,-servir de bons plats aux habitants du cru à des tarifs bon marché-, un autre traîne son cynisme d’intellectuel incompris flanqué d’une jeune compagne aussi lumineuse que lui est aigri, et enfin leur sœur comédienne exilée à Paris, laquelle n’est jamais revenue sur les lieux de son enfance depuis plus de 20 ans, meurtrie qu’elle est à jamais par une terrible tragédie… Le temps qui passe, les chemins de traverse qu’on a pris ou pas, les blessures amoureuses des uns ou des autres, les idées politiques et sociales dans lesquelles on a baigné -et que l’on a réussi ou échoué à transmettre-, la vieillesse ou la maladie qu’il faut affronter… autant dire des questions fondamentales sur les valeurs que l’on partage… C’est de tout cela dont ce film est pétri pour notre plus grand bonheur. C’est poignant de sincérité et vibrant d’émotions, l’intelligence légère et lucide chevillée aux corps pour creuser l’âme humaine et en explorer les doutes comme les espoirs, l’inquiétude palpable comme la bienveillance assumée. Les images toutes de quiétude ensoleillée et les comédiens habituels du réalisateur, sa femme Ariane Ascaride mais aussi ses complices de toujours Jean-Pierre Darroussin ou Gérard Meylan que l’on retrouve avec plaisir, y compris dans une séquence toute de mélancolie joyeuse, donnent à ce long métrage une épaisseur d’authenticité rarement atteinte. La nature sauvage de l’arrière-pays que l’on essaie de préserver, où l’on flâne ou qui sert de refuge, la mer immense qui s’impose aux regards de tous, source de revenus pour les uns mais aussi enjeu pour spéculateurs sans scrupules, l’importance de la culture indispensable à l’épanouissement individuel, autant de réflexions supplémentaires qui interpellent chaque personnage, et, in fine le spectateur…                                                          Un film subtil et brillantissime tout en clair obscur doux-amer qui fait chaud au cœur et qu’il faut voir absolument.

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3 commentaires pour Terminus

  1. Ping : La villa – Rodblog.fr

  2. Jean-paul Calvet dit :

    Oui mais…beaucoup de bons sentiments, des personnages un peu caricaturaux (le restaurateur qui n’a jamais un client sans que cela semble poser problème, le pécheur poète qui offre ses poissons…) et peu de surprises… Pour un film qui se veux « social » j’ai trouvé qu’on était plus dans la fable que dans la réalité, du coup j’ai eu beaucoup de mal à rentrer dans le film…

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