In memoriam

C’est un livre poignant, tout en pudeur et en retenue pour parler d’événements terrifiants. « Dans l’ombre de Charonne » roman graphique paru aux éditions du Mauconduit, textes de Désirée Frappier et dessins d’Alain Frappier revient sur la tragédie de la grande manifestation qui se déroula le 8 février 1962 à l’appel de nombreuses organisations syndicales et étudiantes avec l’appui de partis de gauche tels le P.C.F. alors très puissant ou le P.S.U. et qu’il faut bien évidemment replacer dans le contexte historique de l’époque: guerre d’Algérie et attentats de l’O.A.S. Ce rassemblement pacifique sera violemment réprimé par la police aux ordres du Préfet Papon de sinistre mémoire et tout particulièrement par les Compagnies de district de la Police parisienne spécialistes du « châtiment corporel » équipées du bâton de défense appelée « bidule » sorte de manche de pioche qui causa ce soir-là nombre de fractures y compris du crâne parmi les manifestants. Il y aura plus de 250 blessés recensés par les hôpitaux et neuf victimes, toutes membres de la C.G.T., et, à une exception près, membres du Parti Communiste. Le lendemain des centaines de milliers de personnes, peut-être même un million selon l’Humanité, assisteront aux funérailles… 50 ans plus tard, les auteurs retrouveront une des participantes de ce défilé Maryse Douek, apatride d’origine juive égyptienne, laquelle avait alors 17 ans et en classe de première au lycée de Sèvres et qui échappa miraculeusement à la mort alors qu’elle aussi s’était précipitée pour fuir à la station Charonne, ensevelie sous d’autres participants tandis que des policiers enragés frappaient, matraquaient et jetaient des grilles de fonte sur eux. C’est donc son témoignage précieux à la première personne, avec le recul d’un demi-siècle mais toujours les souvenirs à vif que l’on découvre au fil des planches. Une histoire intime qui fait écho au discours officiel sur ce crime d’Etat du pouvoir alors en fonction, mais aussi de tous ceux qui se sont succédé et qui, par lois d’amnistie successive n’ont jamais voulu reconnaître leurs responsabilités -idem pour les massacres des immigrés algériens du 17 octobre 1961 jetés dans la Seine. Malgré les nombreuses enquêtes journalistiques ou livres d’historiens incontestables c’est silence et négation, une impunité inamissible pour les familles. Cette B.D. d’un noir et blanc subtil devient leçon d’Histoire remarquablement mise en abîme et complétée de documents, tract syndical ou photos des neuf disparus notamment, qu’il faut lire de toute urgence.

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2 commentaires pour In memoriam

  1. Ping : Charonne – Rodblog.fr

  2. Monteil dit :

    A lire pour ne pas oublier.
    Très bon article.

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