Terre à terre

C’est à un voyage au cœur du secret et du spirituel, du prosaïque et du quotidien auquel Alaa Ashkar nous invite. « On récolte ce que l’on sème » son deuxième opus interroge comme rarement la question de l’identité, les racines de sa propre famille palestinienne, qui plus est chrétienne, c’est à dire doublement minoritaire, donc au mieux ignorée, au pire objet de discriminations plus ou moins avouées entre « arabes de 48″, ceux d’avant la Nakba, ceux arabes devenus israéliens de nationalité et de passeport délivrés par l’état hébreu, et ceux de la diaspora qui vivent essentiellement en exil dont le réalisateur. Lui-même est installé actuellement à Bordeaux après avoir fait ses études en sciences politiques en France et vécu notamment un an à Rodez en 2009/2010. Questionner ses très proches, mère, frères, oncles et tantes, neveux et nièces, sur la mémoire d’un pays qui n’existe pas… en parallèle à l’histoire officielle telle que déclinée à l’école, c’est remonter aux sources d’un conflit encore irrésolu, la réalité d’une terre niée. Le mot même de Palestine n’a pas droit de cité, ni bien sûr ses frontières potentielles, sa géographie ou son histoire… Plus qu’un retour sur les lieux où il est né, la Galilée, l’auteur en fait un voyage initiatique, base d’une identité à construire, retrouver toutes les pièces d’un puzzle éclaté contre l’héritage de la peur, pour affirmer sa personnalité, sa spécificité en lien avec les siens et son pays fantasmé « comme la femme idéale »… C’est donc à la fois un auto-portrait composite autant qu’une quête existentielle fondatrice qui patiemment se dévoile sous nos yeux. Un cheminement qui creuse l’intime pour parler d’universalité et in fine devient une réflexion intensément politique. Découpé en trois chapitres -l’enfance, l’adolescence, l’age adulte- ce long métrage devient plaidoyer émouvant pour une population en permanence brimée ou spoliée par une occupation qui ne dit pas son nom, où des lois iniques autorisent par exemple les colons à confisquer pour eux les maisons vacantes de leurs propriétaires palestiniens… La soirée organisée hier au Club par le Comité Palestine de Rodez se poursuivait par de nombreux et riches échanges entre le public et le réalisateur présent dans la salle, lequel présentera aux quatre coins du département toute cette semaine son film.                                                                                    Un autre regard auquel il faut faire écho.

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