Plus morts que vifs

« Revenants » un texte d’Olivier Morel avec dessins de Maël paru chez Futuropolis est autant une thérapie collective qu’un exutoire pour évacuer l’indicible. Recueillir les paroles de six jeunes vétérans qui sont revenus à jamais brisés par ce qu’ils ont vu ou accompli en tant que soldats disciplinés de l’Oncle Sam pendant leurs temps de service en Irak… Au départ, ce fut un film documentaire « L’âme en sang » diffusé en 2011 sur Arte puis cette bande dessinée s’est imposée comme un complément indispensable pour essayer de prolonger les liens intimes qui tout au long du tournage s’étaient créés entre lui et eux. D’un côté, le regard d’un français devenu citoyen U.S. enseignant dans une université d’Indiana au département cinéma et littérature romane, lequel travaille depuis longtemps sur la mémoire et les récits des survivants (de la Shoah, de la Grande Guerre …) de l’autre ces jeunes américains que rien ne distinguait au départ de tant d’autres… la grande majorité de la population pour qui le 11 septembre 2001 est une date repère d’un avant et d’un après american way of life, la « quête du bonheur » inscrite jusque dans la Constitution fondement du pays, confrontée à la réalité du monde… Cette bande dessinée est ainsi l’occasion de revenir sur tout un pan douloureux et souvent enfoui de l’histoire récente des Etats-Unis entre crise des subprimes et krach boursier de 2008 qui a mis des milliers de familles à la rue, la prison tristement célèbre d’Abou Ghraib, le rôle de certaines multinationales proches du pouvoir de l’époque, mais aussi l’espoir d’Occupy Wall Street entre autres…Mais l’essentiel ce sont ces témoignages à la première personne sur l’impossible retour à une vie civile de ces anciens soldats… Juste quelques chiffres à garder en tète pour bien appréhender la situation: 70 000 engagés qui plusieurs années après ont toujours besoin de traitements et de suivis médicaux et/ou psychologiques et pire encore chaque jour 22 d’entre eux qui se donnent la mort!!! La forme très narrative et toute d’empathie, ses couleurs, le plus souvent du gris ou du sépia, font de ce roman graphique une fresque impressionnante et empreinte de beaucoup de délicatesse pour rendre palpables et poignants ces destins individuels marqués par un traumatisme indélébile.                                                                                                                       Un livre qui force le respect.

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