Vertiges de l’amour

Pour conclure le festival Novado édition 2017, le public avait rendez-vous à la Baleine pour un moment de théâtre intitulé « Les préjugés » par la Cie Rêve général. Une soirée en deux temps autour de la sempiternelle question de l’amour, de la séduction ou du désir chez l’être humain. Quels comportements des uns vis à vis des autres, quelles attentes, quelles barrières mentales ou sociologiques déjouer,  le pourquoi du comment… Interrogations tout sauf anodines de tous temps et en tous lieux, mais qui trouvent peut-être encore plus d’acuité dans le contexte actuel où la parole se libère, où les femmes s’expriment haut et fort pour dénoncer l’inadmissible. Un même décor blanc aseptisé, uniforme, percé  d’ouvertures multiples et de tailles différentes, avec cloisons amovibles pour modifier l’espace, quelques blocs géométriques en guise de sièges, c’est tout. C’est dans un tel environnement que les mêmes cinq acteurs vont successivement nous proposer tout d’abord « Fake » un texte de Marylin Mattei. C’est une sorte de plongée en jeans, perfecto et baskets, avec vocabulaire générationnel version modernisée presque caricaturale, pour parler du mal-être d’adolescents à la puberté exacerbée qui les ronge. On a droit à un large panorama: les garçons dragueurs impénitents ou timides, les filles fleurs bleues ou plus émancipées… Rapports hésitants et joutes verbales pour le moins succinctes, postures un peu surjouées … difficile d’y croire vraiment… Heureusement le meilleur était à venir. Un changement astucieux et imaginatif en diable de costumes et de plateau à vue pour rejouer les mêmes situations de troubles amoureux, mais presque trois siècles plus tôt avec une courte pièce de Marivaux « Le Préjuge vaincu ». Costumes d’époque absolument parfaits, dialogues tout de charme décalé dans une atmosphère surannée que les comédiens pulvérisent joyeusement par leur jeu burlesque ou farfelu, lequel change complètement la donne, voilà ce qui transportait les spectateurs visiblement ravis. C’est tonique et rafraîchissant, on y prend un immense plaisir et plus l’intrigue, que l’on devine pourtant très comme il faut, avance, plus on se régale… La magie opère… C’est tout le sel de cette double interprétation que de donner à voir l’évolution dans le temps, et la façon de les décrire, de sentiments éternels. In fine chacun réagissant à la manière la plus adéquate, équilibrée et chaleureuse de parler d’amour. Marie Normand à qui on doit la mise en scène de ce duo d’écritures animait ensuite un échange avec la salle.                                                                                                            Une soirée qui ne manquait pas de charme.

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