Pastis et jasmin

Le titre de cette B.D. « Les pieds noirs à la mer » reprend un slogan des dockers C.G.T. qui fleurissait alors sur les banderoles déployées pour accueillir les bateaux chargés de rapatriés, lesquels débarquaient en nombre en 1962 dans le port de Marseille. C’est là que début des années 80, déboule un jour sans crier gare un jeune adolescent, lequel vient de se fâcher avec son père pour cause d’échec au bac scientifique – il préfère largement le dessin aux études qu’on voudrait lui imposer. Ses grands-parents l’accueillent bien volontiers… Peu à peu des relations plus intimes vont se nouer entre eux, ce sera notamment pour lui l’occasion de les entendre raconter leur propre version de cette période historique douloureuse. « Il est raciste, il déteste les Arabes… Il aime pas les Noirs, les Juifs … Lui qui est marié à une Juive… Mais c’est quand même mon pépé. Je l’aime quand même. » Cette phrase reprise en quatrième de couverture résume très précisément le scénario de ce roman graphique: une histoire où s’imbriquent souvenirs encore à vifs, destins individuels et contexte géopolitique. Le héros jongle entre ses convictions personnelles beaucoup plus progressistes que celle de ses ancêtres et son attachement à ceux-ci, lesquels, plus de 20 ans après, restent encore profondément meurtris par cet épisode éminemment sensible. Il redécouvre aussi ses cousins, symboles d’une nouvelle génération qui essaie de vivre autrement, marquée par le chômage ou la débrouille mais qui veut résolument passer à autre chose. Se construire un futur sans renier le passé pour aller de l’avant… En parallèle à cette chronique familiale embuée de soupçons de nostalgie située dans une ville aussi pagnolesque que grouillante et cosmopolite, l’auteur Fred Neidhardt se propose de nous plonger au sein d’une communauté où l’incompréhension le dispute encore au mal être, la rancœur au traumatisme. Contradictions et paradoxes de déracinés à la mentalité très ambiguë, oubliés de l’Histoire officielle et sur lesquels plane une certaine Nostalgérie… Les personnages tous au faciès d’animaux, un choix délibéré autant pour mettre de la distance que pour refléter les ambivalences de chacun, évoluent dans un univers doux amer jamais manichéen mais toujours plus grinçant.                                                                                                  Ce livre paru chez Marabulles est superbement préfacé par Joaan Sfar.

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