Mécanique infernale

Un vocabulaire délibérément aride, desséché et sans échappatoire, une logique implacable, bruitages lugubres ou musique glaçante, et une fin que l’on entrevoit d’emblée tragique… Ni issue, ni excuse, le froid dans le dos qui vous saisit et ne vous lâche pas pendant toute la durée de la représentation… « Pour rire pour passer le temps » un texte de Sylvain Levey comme son nom ne l’indique pas est un drame à combustion lente, une asphyxie inexorable, la proie une fois saisie étouffe, expire et meurt… Les bourreaux ont réussi leur oeuvre diabolique, pire ils ont impliqué dans leur sinistre besogne d’autres personnes à leur corps défendant, des observateurs silencieux devenus complices bon gré mal gré. Une spirale de la terreur effrayante d’efficacité dont nul ne peut plus s’extraire, insidieuse autant que perverse, une mécanique savamment huilée qui s’impose comme de plus en plus irrésistible. Tout le pari du metteur en scène et de la Compagnie « Ecrire un mouvement » est de rendre palpable cette violence naissante ou exacerbée de façon quasi invisible et donc in fine d’autant plus angoissante…                  Quatre personnages volontairement anonymes, non-identifiables, de simples numéros que l’on devine très vite interchangeables, de la manipulation sourde à tout va… dans un décor minimaliste avec un seul comédien sur scène qui se démultiplie, se contorsionnant, changeant de ton ou de voix au gré des uns ou des autres, victime, otage, tortionnaire ou témoin, tous se dissimilent: qui derrière l’ordre, l’autorité, qui derrière la soumission plus ou moins implicite, qui se voile la face ou détourne le regard, qui dévoré de culpabilité?Jusqu’où, jusqu’à quand, pourquoi et/ou comment réagir, résister, fuir ou affronter le danger qui menace, qui croire? Autant d’interrogations sur des valeurs fondamentales, universelles dont nul ne peut faire l’économie… Chaque spectateur est d’autant plus interpellé que ce spectacle se déroule sous casque individuel, ce qui signifie que son attention est maximale car chaque bruit, chaque son, chaque mot prend une dimension supplémentaire… Le public est emprisonné, piégé, fait comme un rat… Et lorsqu’à la toute fin, de dos,  l’acteur gesticule tel un pantin devenu incontrôlable, mouvements saccadés et  manches retroussées sur bras tendu façon défilé nazi, mots dérisoires à peine marmonnés de manière lancinante, c’est juste le summum de la déshumanisation et de l’effroi… Le fantôme de Malcolm McDowell dans « Orange mécanique » le film culte de Stanley Kubrick plane dans la salle…                                                                                                                   On peut revoir cette pièce présentée l’après-midi pour les scolaires dans le cadre de Novado ce soir encore à la M.J.C. de Rodez .

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