Et Dieu et maître…

Une vision sombre et désespérante de l’Iran d’aujourd’hui en particulier pour les femmes dans une société où tout n’est que contraintes, compromissions, et décadence, tel est « Téhéran tabou », le film d’Ali Soozandeh. Omniprésent, un pouvoir en déliquescence avancée qui ne survit que par la répression implacable dont chacun essaie tant bien que mal de s’accommoder, un masque de rigueur qui dissimule la vie réelle… Chacun des personnages se doit d’avoir une double vie, une face corsetée irréprochable, officielle au vu et su de tous, quasi virtuelle, à mettre en parallèle de la vraie vie du quotidien, bruissante de vitalité et de facto beaucoup plus complexe. De ce panorama édifiant se détache la figure attachante de la prostituée, laquelle se bat pour élever seule son fils muet face à une administration kafkaïenne, et a contrario on découvre les faits et gestes d’un mollah adipeux et libidineux… Entre les deux on croise aussi une femme de la bonne société qui voudrait s’émanciper par le travail de sa belle famille dont elle est quasiment devenue esclave, une post-adolescente séduite par un musicien en mal de notoriété avec lequel elle perdra sa virginité, un drame dans ce pays avec l’obligation pour elle de trouver le chirurgien qui recoudra son hymen… Derrière ces tragédies individuelles se brosse l’image terrifiante d’une dictature absolue devenue schizophrène. Le sexe, l’argent sale, la drogue, la débauche et la corruption généralisée à tous les niveaux voilà le portrait d’une absolue noirceur qui nous est offert dans ce premier film présenté cette année à la Semaine de la Critique à Cannes. Le réalisateur exilé depuis plus de 20 ans en Allemagne signe un film d’animation basé sur le procédé dit de « rotoscopie » qui mêle prise de vues réelles retravaillées et décor animé en 3 D pour un résultat absolument stupéfiant. Paradoxalement cette technique un peu irréelle ajoute un surcroît d’authenticité qui nous rend encore plus palpable l’atmosphère irrespirable de cette mégapole grouillante. L’Association Monde et Multitudes qui propose dans tout le département du cinéma itinérant célébrait ainsi de la plus belle des manières avec une séance de ciné-tapas à Salles la Source le mois du film d’animation.                                            À l’issue de la projection les spectateurs pouvaient même échanger par Skype avec l’auteur de ce chef d’oeuvre à ne manquer sous aucun prétexte.

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