De guerre lasse

Un fait divers qui défraya la chronique, fit couler beaucoup d’encre et eut les honneurs des gros titres dans la presse de ce temps-là… Une histoire absolument hors norme que celle de Paul Grappe et Louise Landy, un couple qui vécut une histoire d’amour vraiment pas ordinaire, laquelle se terminera tragiquement… Tout commence en 1912. Alors qu’il effectue son service militaire, se faisant remarquer pour ses qualités autant physiques qu’organisationnelles -il sera distingué du grade de caporal-  sauf que, juste avant la fin, il est mobilisé pour rejoindre son régiment et partir au combat. Traumatisé par ce qu’il voit de l’enfer des tranchées, des copains morts autour de lui et des innombrables blessés, lui-même sera évacué dans un hôpital, et, ne voulant pas remonter au front, il prendra la décision de déserter avec l’aide de son épouse. Condamné à mort par contumace, il la rejoindra à Paris sain et sauf mais obligé de vivre dans la clandestinité… dont il s’évadera très vite en changeant d’identité. Dès lors il deviendra Suzanne Langdard, empruntant des vêtements dans la garde-robe conjugale pour se travestir, s’épilant la barbe de façon définitive, apprenant à se déplacer tout en déhanchements très étudiés etc… La métamorphose devient chaque jour plus évidente, le dédoublement de personnalité plus troublant, traînant dans les bars pour assouvir son penchant pour l’alcool, et des lieux de plus en plus louches… jusqu’au Bois de Boulogne, un des haut lieux de la prostitution où s’encanaille le Tout-Paris. Il en deviendra une figure de proue haute en couleurs multipliant les conquêtes tant masculines que féminines. Après l’amnistie de 1925 il peut à nouveau vivre au grand jour mais sa sexualité toujours plus débridée l’éloigne progressivement de sa femme, laquelle fait vivre le foyer avec sa maigre paye de couturière jusqu’à une dispute fatale une nuit de juillet 1928… L’adaptation parue aux éditions Delcourt/Mirages par Chloé Cruchaudet d’un essai historique sur ce sujet en B.D., dessins et scénario, est un modèle du genre. L’atmosphère de l’époque, ses conventions sociales et/ou ses non-dits, la peur ambiante, les difficultés du quotidien, le nationalisme de certains, l’insouciance des autres, tout concourt à faire de ce roman graphique un témoignage remarquable. Des tons essentiellement dans des dégradés de gris, éclairés ici ou là de touches de rouge, les pages très aérées sans aucune case mettent ainsi davantage en lumière ce personnage aussi ambigu que provocateur, réfractaire à la morale ambiante dont il repousse sans cesse les limites avec gourmandise. À mettre en parallèle avec le dernier film d’André Téchiné  « Nos années folles » qui illustre le même événement.

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