Transes de vie

De l’austère au flamboyant via la frénésie ou la fougue, quatre tableaux aussi fascinants qu’énigmatiques pour quatre danseuses incroyables de présence, toute de légèreté aérienne et de volupté à fleur de peau, voilà comment on pourrait qualifier le spectacle proposé hier par la M.J.C. de Rodez mais délocalisé à la Baleine. « Rosas Danst Rosas » est un ballet créé en 1983 par la chorégraphe belge Anne Teresa de Keersmaeker devenu mythique dans l’histoire de la danse postmoderne… La scène s’ouvre avec pour seul décor en fond des toiles tendues et plissées façon outre-noir de Soulages, et une musique de plus en plus puissante, métallique, obsédante jusqu’à ce que peu à peu des lumières latérales feutrées balayent l’espace… Lentement, une à une, les interprètes dans des costumes aussi sobres que d’une extrême élégance entre bleu tendre et gris pastel ne s’installent ou plutôt glissent sur le plancher. Comme dans un sommeil heurté suivi d’un réveil incertain, dans un silence aussi absolu qu’oppressant, elles tournoient, roulent sur elles-mêmes, peinent à s’agenouiller, chancellent, titubent, s’affaissent à nouveau ou rampent avec lenteur et retenue sur le sol dans lequel elles semblent comme engluées à jamais… Une séquence de près d’une demi-heure de gestes inachevés désespérément répétitifs à la fois magnétiques et suffocants qui peuvent laisser perplexes… Puis la musique minimaliste s’impose à nouveau, toujours plus obsessionnelle, un second acte avec une série de chaises méticuleusement alignées sur lesquelles les ballerines déclinent des mouvements saccadés, synchronisés ou non avec des respirations et des retraits volontaires successifs de chacune… Puis troisième partie: de gestes pétrifiés en poses lascives, les évolutions s’accélèrent, se complexifient… la chorégraphie mêle kung-fu, classicisme et répertoire chamanique dans ce qui devient  un maelström de plus en plus fulgurant… Et tout s’achève par d’incroyables arabesques incroyablement intenses réfléchies par des miroirs discrets, où la liberté explose tous azimuts, les incantations presque tribales deviennent communion extatique ébouriffante et échevelée. Un épilogue de quelques minutes à nouveau muet prolongeait ce spectacle mémorable où la sensualité fait écho à la performance physique. Hypnotique.

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